Points clés
1. L’art, le cinquième pilier oublié de la santé
Si vous êtes arrivé jusqu’ici, vous disposez désormais des connaissances accumulées au fil des deux cent cinquante dernières pages pour transformer votre vie.
Une prise de conscience profonde. Le parcours de l’auteur, déclenché par la rencontre avec Russell, un patient victime d’un AVC dont les cours d’art ont « sauvé la vie », révèle que l’art n’est pas un simple luxe, mais un élément essentiel du bien-être humain. Depuis l’Antiquité, des philosophes comme Aristote et des médecins tels qu’Ibn Sina reconnaissaient la valeur thérapeutique de l’art, un savoir largement oublié jusqu’aux récentes avancées scientifiques. Ce livre ambitionne de rétablir l’art comme un pilier fondamental de la santé, aux côtés de l’alimentation, du sommeil, de l’exercice et de la nature.
Un engagement universel. L’humain est intrinsèquement artistique, tant en tant que consommateur que créateur. Des peintures rupestres vieilles de 40 000 ans aux gribouillis ou fredonnements contemporains, l’art traverse toutes les cultures et exprime toutes les émotions. Malgré cet engagement universel et un secteur culturel mondial évalué à 4,3 trillions de dollars, le consensus scientifique sur les bienfaits tangibles de l’art pour la santé est resté un « secret étonnamment bien gardé ».
Au-delà des simples plaisirs. Plus de 30 000 études empiriques recensent aujourd’hui l’impact remarquable de l’art sur la santé, dépassant les notions vagues de « positif et agréable » pour démontrer des effets concrets et mesurables. L’auteur, professeur de psychobiologie et d’épidémiologie et responsable du premier Centre Collaborateur OMS pour les Arts et la Santé, fait le pont entre arts et sciences, montrant comment l’art peut améliorer la santé, prévenir la maladie et nous aider à vivre plus longtemps et plus pleinement.
2. Le pouvoir guérisseur de l’art est inscrit dans notre biologie
Pour notre cerveau, les arts procurent la même forme de joie.
Des systèmes de récompense ancestraux. Lorsque nous interagissons avec l’art — écouter de la musique, créer, danser ou contempler — nous activons des réseaux émotionnels et de récompense anciens dans notre cerveau, tels que l’amygdale, le noyau accumbens et le striatum. Ces régions sont les mêmes que celles stimulées par des besoins vitaux comme la nourriture ou le sexe, ce qui montre que le plaisir tiré de l’art est profondément ancré dans notre biologie. La libération de dopamine, neurotransmetteur associé au plaisir et à la motivation, est au cœur de cette expérience.
L’arc tension-résolution. Notre cerveau anticipe le plaisir, libérant de la dopamine avant même le moment le plus agréable. Ce « codage prédictif » repose sur des schémas appris, mais lorsque les attentes sont « contrecarrées », cela crée une tension qui, une fois résolue, intensifie le plaisir et la libération de dopamine. Ce mécanisme, observable dans les climax musicaux, les rebondissements narratifs ou les illusions visuelles, nous pousse à rechercher sans cesse des expériences artistiques.
Satisfaire des besoins fondamentaux. Au-delà du simple bonheur, l’art répond à des besoins psychologiques profonds indispensables à notre épanouissement, tels que le contrôle, la cohérence, la maîtrise et le sens.
- Contrôle : Participer à des activités créatives comme l’écriture de chansons ou l’ikebana procure un sentiment d’autonomie, contrebalançant le sentiment d’impuissance.
- Cohérence : L’art aide à organiser le chaos, à créer du sens, comme dans les chansons de Shai sur la maladie de sa mère.
- Maîtrise : Développer des compétences artistiques, même simples comme la pâtisserie ou le tricot, renforce le sentiment d’accomplissement.
- Sens : Utiliser l’art pour apporter de la joie aux autres, par exemple en crochetant pour une œuvre caritative, crée un cercle vertueux de sens et d’engagement.
3. L’art transforme la santé mentale et la régulation émotionnelle
L’art a permis à mon cerveau de faire une pause.
Au-delà des traitements traditionnels. L’art offre des bienfaits significatifs pour la santé mentale, allant des baisses d’humeur quotidiennes aux troubles mentaux sévères. Les études montrent que l’ajout d’activités artistiques aux soins standards (médicaments, psychothérapie) peut presque doubler les améliorations des symptômes de dépression et d’anxiété, accélérant la guérison. Par exemple, des groupes de chant pour des mères souffrant de dépression post-partum ont réduit les symptômes de 35 % et permis une récupération un mois plus tôt que les groupes de jeu.
Comprendre et réguler les émotions. L’art est un puissant vecteur pour communiquer et traiter les émotions. Nous reconnaissons les émotions dans l’art grâce à des indices innés (couleurs vives pour la joie, lignes anguleuses pour la tristesse) et à l’apprentissage culturel. Même les émotions négatives suscitées par l’art, comme celles provoquées par une chanson triste ou un tableau bouleversant, peuvent être bénéfiques grâce à la « distance psychologique ». Celle-ci nous permet de :
- Contempler et exercer la gestion des émotions sans conséquences réelles.
- Vivre une catharsis et une libération, comme Debs qui a « pété un câble » sur une toile pour évacuer sa colère.
- Activer des zones cérébrales impliquées dans le traitement émotionnel et le contrôle cognitif, fournissant un arsenal de stratégies de régulation.
Cognitions positives et identité. La maladie mentale altère souvent les fonctions cognitives telles que l’attention, la mémoire et la résolution de problèmes, réduisant le « répertoire pensée-action ». L’art aide en :
- Augmentant l’activation de régions cérébrales comme le cortex préfrontal dorsolatéral, améliorant attention et résolution de problèmes.
- Élargissant les perspectives et favorisant des spirales « élargir et construire » d’émotions, cognitions et actions positives.
- Facilitant la conscience de soi et la métacognition par un engagement attentif.
- Aidant à construire une identité positive, passant de « patient » à « artiste », renforçant estime de soi et liens sociaux.
4. L’art construit et préserve la santé cérébrale
La musique est, en réalité, un échafaudage pour apprendre à parler.
Façonner l’architecture cérébrale dès la naissance. Les bébés perçoivent les sons in utero dès 20 semaines et bougent au rythme de la musique à 35 semaines, reconnaissant des chansons entendues avant la naissance. La musique agit comme un « entraînement cérébral global », mobilisant presque toutes les régions — du cerveau reptilien aux lobes frontaux, en passant par l’hippocampe et les centres du langage. Cette exposition précoce et la formation musicale formelle induisent une neuroplasticité visible par des modifications structurelles du volume de matière grise et des connexions de matière blanche, préparant le cerveau à des activités linguistiques, cognitives et sociales complexes.
Améliorer le langage et la neurodiversité. La musique sert d’échafaudage crucial pour le développement du langage. Chez l’enfant, la formation musicale améliore :
- Les capacités rythmiques et la conscience phonologique.
- La discrimination des hauteurs et l’identification des émotions dans la parole.
- La taille et la fonction de l’aire de Broca, région clé du langage.
Pour les personnes autistes, la musique est un outil puissant de communication non verbale, réduisant l’hypersensibilité sensorielle et améliorant langage, interaction sociale et symptômes globaux. Chez les patients victimes d’AVC, l’écoute quotidienne de musique double les progrès en mémoire verbale et attention, entraînant une réorganisation structurelle des réseaux langagiers.
Construire une réserve cognitive contre la démence. Si l’« effet Mozart » sur l’intelligence générale est démenti, la pratique artistique contribue significativement à la « réserve cognitive », rendant le cerveau plus adaptable et résilient face aux dommages.
- La participation régulière à des loisirs cognitifs, dont les arts, réduit de 31 % le risque de déclin cognitif, de 23 % celui de démence et de 34 % celui d’Alzheimer.
- Les activités culturelles comme visiter des musées ou assister à des concerts sont associées à une meilleure préservation de la mémoire et des fonctions exécutives, ainsi qu’à une réduction de 43 % du risque de démence.
- L’imagerie cérébrale montre que la pratique artistique est liée à une moindre accumulation d’amyloïdes et à une meilleure intégrité de la matière blanche, retardant l’apparition et la progression des symptômes.
5. L’art dynamise le mouvement physique et la rééducation
Nous écoutons la musique avec nos muscles.
Transformer la fonction motrice. Le mouvement est fondamental, et l’art améliore significativement la performance physique et la rééducation. Pour les enfants atteints de paralysie cérébrale, un camp thérapeutique à thème magique a augmenté l’usage de la main affectée de 30 % en deux semaines, avec des bénéfices maintenus plusieurs mois. Pour les patients parkinsoniens, les programmes de danse ont non seulement stoppé la progression des symptômes, mais amélioré la marche, la coordination, l’équilibre et réduit la douleur. Même écouter de la musique peut booster la performance physique, augmentant vitesse de course et nombre de répétitions en salle.
Le pouvoir de l’entrainement rythmique. Le système de couplage sensorimoteur du cerveau nous pousse instinctivement à synchroniser nos mouvements avec des rythmes. La musique fournit un modèle rythmique interne, améliorant le timing, la coordination et l’efficacité des gestes. Cet « entrainement » est un outil puissant en rééducation neurologique :
- Les patients victimes d’AVC marchent 15 mètres de plus par minute grâce à une stimulation auditive rythmée.
- Les patients atteints de Parkinson, sclérose en plaques ou paralysie cérébrale voient leur vitesse de marche et mobilité augmenter.
- La musique agit comme une « horloge interne » régulant les déficits temporels causés par les maladies dégénératives.
Bénéfices holistiques pour le mouvement. Pour maximiser la performance physique, l’art combine quatre ingrédients clés : rythme, musicalité, familiarité et associations extramusicales. Ceux-ci activent trois mécanismes « P » :
- Psychologique : La musique rend l’exercice plus agréable, augmentant motivation (dopamine, endorphines) et endurance.
- Psychophysiologique : La musique réduit la perception de l’effort en distrayant le cerveau et en inhibant les signaux de fatigue.
- Physiologique : La musique améliore l’efficacité du flux sanguin, l’absorption d’oxygène et l’efficacité cinétique, rendant l’activité moins coûteuse en énergie.
Au-delà, l’art favorise la neuroplasticité, créant de nouvelles voies neuronales autour des lésions cérébrales, et améliore la motivation en déplaçant l’attention des déficits médicaux vers le développement des compétences et le soutien social.
6. L’art réduit significativement stress et douleur, souvent mieux que les médicaments
Une bonne chose avec la musique, c’est que quand elle vous frappe, vous ne ressentez pas la douleur.
Apaiser la réponse au stress. L’art agit profondément sur notre réponse physiologique au stress. Dans les unités de soins intensifs néonatals, les berceuses ou le chant maternel calment les prématurés, réduisant fréquence cardiaque et respiratoire, augmentant la saturation en oxygène et diminuant les événements critiques comme l’apnée. Cela se traduit par des résultats concrets : alimentation plus rapide et sortie plus précoce de l’hôpital. L’art module le système nerveux autonome, passant de l’activité sympathique (combat-fuite) à parasympathique (repos-digestion), atténuant l’adrénaline et améliorant la variabilité cardiaque.
Diminuer les hormones du stress. Les études montrent que la pratique artistique, comme assister à un concert ou jouer du tambour, réduit significativement les taux de cortisol et autres hormones du stress. Cette relaxation biologique est plus marquée chez les personnes anxieuses et s’accumule avec une pratique régulière. En milieu chirurgical, la musique ambient de Brian Eno et les installations numériques ont diminué l’anxiété des adultes et la détresse des enfants, entraînant :
- Un passage à l’activité parasympathique chez les adultes, stoppant même les crises de panique.
- 65 % des enfants présentant une faible anxiété lors de l’anesthésie, avec 90 % de succès aux canulations et une induction 40 % plus rapide.
Un analgésique non pharmacologique. L’art est aussi un outil puissant contre la douleur. En postopératoire, les auditeurs de musique rapportent une douleur significativement moindre et consomment moins d’opioïdes (jusqu’à 10 mg de morphine en moins sur 72 heures). Pour les douleurs chroniques comme la fibromyalgie, écouter de la musique réduit l’intensité de la douleur et augmente la mobilité. Les mécanismes incluent :
- Distraction : L’art détourne l’attention des signaux douloureux.
- Relaxation : Réduction du stress, facteur aggravant la douleur.
- Voies analgésiques : La musique active des zones cérébrales réduisant la perception de la douleur et inhibe les signaux douloureux de la moelle épinière.
- Circuit de récompense : Libération de dopamine et d’endorphines procurant un soulagement naturel.
Ces effets sont si puissants que l’art peut être aussi efficace, voire plus, que les benzodiazépines pour l’anxiété et contribuer à prévenir la dépendance aux opioïdes, offrant une alternative plus sûre et non médicamenteuse.
7. L’art cultive des comportements sains et des sociétés prosociales
Parfois, la réalité est trop complexe. Les histoires lui donnent forme.
Influencer les comportements de santé par la narration. Les formes narratives artistiques, comme la série télévisée « East Los High », sont de puissantes interventions de santé publique. En présentant des personnages auxquels on s’identifie confrontés à des choix réels (grossesse adolescente, contraception), ces programmes « edutainment » favorisent :
- Couplage neural : Le cerveau des spectateurs réagit comme s’ils vivaient eux-mêmes les événements, développant l’empathie.
- Apprentissage social : Les personnages modélisent des comportements sains et des prises de décision, influençant connaissances et actions (meilleure utilisation du préservatif, plus de visites en planning familial).
- Transparence : Des extensions transmedia (blogs, vlogs) offrent ressources et dialogue ouvert, évitant le ton moralisateur.
Cette approche a fait ses preuves face à des enjeux majeurs, de la sensibilisation à Ebola à l’amélioration des taux de vaccination et la réduction de la méfiance envers les soins.
Favoriser les habitudes saines individuelles. Au-delà des interventions ciblées, la pratique artistique quotidienne encourage des modes de vie plus sains. Les études montrent que les personnes culturellement engagées sont presque deux fois plus susceptibles de consommer leurs « cinq fruits et légumes par jour » et de respecter les recommandations d’activité physique. Cela s’explique par :
- Réflexion critique : Les histoires incitent à réfléchir sur ses choix et comportements.
- Effet de débordement comportemental : L’amélioration d’un comportement sain (moins de sédentarité) entraîne souvent d’autres (alimentation plus équilibrée).
- Capacités psychologiques : L’art renforce confiance, estime de soi et auto-efficacité, donnant le pouvoir de changer positivement.
Réduire les comportements antisociaux et promouvoir la prosocialité. La pratique artistique, notamment dans les activités extrascolaires comme les clubs de théâtre ou les groupes de musique, est associée à une baisse des comportements antisociaux et criminels chez les adolescents. Des programmes comme « Shakespeare Behind Bars » ont drastiquement réduit la récidive.
- Imagination morale : L’art développe créativité et imagination, aidant à penser éthiquement et à adapter son comportement en situation difficile.
- Théorie de l’esprit : Jouer des rôles améliore la compréhension des perspectives d’autrui et l’empathie.
- Contrôle de soi : L’art diminue colère et frustration, favorisant une meilleure régulation émotionnelle.
Par ailleurs, l’art facilite les liens sociaux, réduit la solitude et encourage l’altruisme, améliorant même l’empathie et la communication chez les professionnels de santé.
8. L’art prolonge la durée de vie en bonne santé
Les participants à l’étude qui pratiquaient régulièrement avaient un risque de mortalité réduit de 31 % sur la période de suivi, comparés à ceux qui ne pratiquaient jamais.
Un lien direct avec la longévité. Une étude majeure analysant les données de mortalité au Royaume-Uni sur 14 ans a révélé que les adultes de plus de 50 ans engagés régulièrement dans des activités culturelles avaient un risque de décès réduit de 31 %, même en tenant compte de la richesse, de la santé et du mode de vie. Cela suggère que l’art ne concerne pas seulement la qualité, mais aussi la quantité de vie.
Soutenir chaque grand système organique. Les arts influencent dynamiquement notre tonus autonome, équilibrant activité sympathique et parasympathique. Cela a des effets profonds sur :
- Le système cardiométabolique : Écouter de la musique quotidiennement peut abaisser la pression artérielle systolique de 9-10 mmHg et la diastolique de 6 mmHg, réduisant potentiellement le risque de maladies cardiovasculaires majeures de 20 %, d’AVC de 27 % et d’insuffisance cardiaque de 28 %. La danse offre des bénéfices comparables à l’exercice aérobie en moins de temps, améliorant cholestérol, glucose et rigidité artérielle.
- Le système respiratoire : Le chant favorise des expirations profondes et contrôlées, renforçant les muscles respiratoires et optimisant la fonction pulmonaire. Ceci est particulièrement bénéfique pour la BPCO et le COVID long, réduisant l’essoufflement et améliorant la capacité à l’effort.
- Le système immunitaire : Participer à des activités artistiques stimulantes comme le tambour ou le chant procure un boost immunitaire à court terme, augmentant cytokines bénéfiques et globules blancs. À long terme, la pratique artistique réduit l’inflammation chronique, facteur de risque de nombreuses maladies.
Ralentir le vieillissement biologique et maintenir les fonctions. Les bienfaits de l’art s’étendent à notre ADN, influençant l’expression génétique et ralentissant le vieillissement biologique.
- Horloges épigénétiques : Les adultes engagés dans les arts sont biologiquement environ 9,5 mois plus jeunes que les non-pratiquants, cet effet atteignant un an chez les plus de 40 ans.
- Vieillissement physiologique : La pratique culturelle régulière est liée à un âge physiologique inférieur de quatre ans et à un ralentissement du rythme de vieillissement.
- Fonctionnement physique : L’art maintient la vitesse de marche, l’équilibre, réduit les incapacités liées à l’âge et la fragilité, notamment grâce à la danse qui améliore posture, densité osseuse et force.
Ces bénéfices cumulés diminuent le risque de maladies chroniques comme les cardiopathies coronariennes (–34 %) et le diabète de type 2 (–35 %), prolongeant ainsi notre « santé fonctionnelle » — la période de vie sans maladie et en pleine capacité.
9. Malgré ses bienfaits profonds, l’art est sous-estimé et sous-financé
Nous traitons les arts comme s’ils n’étaient pas essentiels, alors que tout ce que je vous ai montré dans ce livre crie le contraire.
Une crise d’engagement et d’inégalités. Malgré les bienfaits majeurs de l’art sur la santé, 95 % des adultes déclarent ne passer « aucun » temps à une pratique artistique active chaque jour, un chiffre stable depuis vingt ans. Si l’engagement passif (musique de fond, etc.) est courant, il manque les ingrédients cruciaux que sont l’interaction sociale et le mouvement physique. Ce déclin de la participation active est aggravé par de fortes inégalités : les plus aisés pratiquent beaucoup plus, et l’accès est limité par le coût, la géographie et le manque de lieux dans les zones défavorisées, où les bienfaits de l’art sont pourtant les plus nécessaires.
Une privation systématique à l’école. La dévalorisation de l’art commence dès l’école, où l’enseignement artistique est systématiquement réduit au profit des matières STEM, sans preuve d’amélioration des résultats dans ces disciplines. Cela engendre une « crise de la créativité », avec une baisse des inscriptions aux examens artistiques et une pénurie d’enseignants qualifiés. Si les enfants ne pratiquent pas l’art à l’école, ils sont beaucoup moins susceptibles de le faire à l’âge adulte, perpétuant un cercle vicieux de désengagement artistique intergénérationnel.
Abandon des artistes et des ressources culturelles. La précarité de la carrière artistique, marquée par de faibles revenus (0,2 % des artistes sur Spotify gagnent plus de 874 $/mois), l’absence de sécurité d’emploi et la pression constante de l’auto-promotion, conduit à des taux élevés de dépression et d’anxiété chez les artistes. Cet « esprit précarisé » menace ceux qui sont pourtant essentiels à la diffusion des programmes artistiques. Parallèlement, les coupes budgétaires dans les conseils des arts, la fermeture des bibliothèques et les restrictions aux échanges culturels dégradent les ressources communautaires qui permettent l’accès du public, traitant l’art comme un luxe superflu, même en temps de crise sanitaire comme la COVID-19.
10. Intégrer l’art dans la vie quotidienne comme un aliment pour une santé durable
Pensez à votre alimentation. Les mêmes principes que nous (devrions) appliquer à la nourriture sont exactement ceux que nous devrions suivre pour les arts.
Un « plan repas artistique » personnalisé. Pour profiter des bienfaits de l’art sur la santé, il faut l’intégrer dans notre quotidien avec la même intention que notre alimentation. Cela signifie dépasser les pratiques sporadiques ou « binge » pour adopter un engagement régulier et soutenu, reconnaissant que l’art est une « denrée périssable » nécessitant un apport constant.
Conseils pratiques pour une pratique artistique quotidienne :
- L’équivalent des cinq portions par jour : Consacrez un petit temps réalisable chaque jour (par exemple 10 minutes d’écriture créative, écouter un livre audio).
- Alignement avec le niveau d’énergie : Programmez les activités artistiques lors des baisses d’énergie ou moments de stress, pour réguler les émotions ou changer d’humeur.
- « Plaisirs » planifiés : Investissez dans des cours hebdomadaires, des visites mensuelles de musées ou des spectacles occasionnels pour intégrer des ingrédients sociaux et de nouveauté.
- La diversité est essentielle : Alternez activités contrastées (lecture, danse, peinture) pour bénéficier d’un large éventail d’ingrédients et éviter la monotonie du « tapis roulant hédonique ».
- Expérimentez les saveurs : Accueillez la nouveauté modérée et la diversité émotionnelle, en gardant à l’esprit que nul besoin d’être expert pour profiter des bienfaits.
- Consommation attentive : Savourez les expériences en limitant le multitâche et en étant pleinement présent, que ce soit en écoutant de la musique ou en contemplant une œuvre.
- Évitez les « UAP » (formes ultra-transformées) : Privilégiez les pratiques artistiques réelles, hors écran, plutôt que le temps passif devant les écrans, qui peut diluer les bénéfices ou introduire des facteurs inconnus.
- Pas de « pilule magique » : Résistez à la tentation de réduire l’art à une solution rapide ; les bénéfices durables et à grande échelle exigent un investissement soutenu en temps et attention.
- Identifiez votre « soupe au poulet » : Sachez quelles formes d’art vous apportent réconfort et soulagement en période de stress, d’anxiété ou de maladie.
11. Surmonter les obstacles personnels et militer pour une société créative
Commencer par soi-même — être le changement que l’on souhaite — est un grand pas pour notre santé personnelle.
Découvrir et lever les blocages personnels. Les modèles de sciences comportementales identifient trois facteurs clés influençant notre engagement artistique : capacités, opportunités et motivations. Identifier les obstacles spécifiques est la première étape pour les surmonter :
- Capacités : Manque de compétences, maladie ou fatigue. Les solutions incluent le soutien à la formation (vidéos en ligne, cours sans engagement), commencer petit et se concentrer sur les « compétences du quotidien » (50 heures d’apprentissage).
- Opportunités : Absence d’amis artistes, soutien social, temps, argent, espace ou lieux locaux. Les solutions passent par la recherche d’activités gratuites, la réutilisation de matériaux, la « suractivation » des routines existantes (ex. danse fitness) et la recherche de soutien par les pairs.
- Motivations : Manque de plaisir, de croyance dans les bienfaits ou d’objectifs clairs. Les stratégies consistent à se rappeler les bénéfices pour la santé, fixer des objectifs, tenir un journal, demander des recommandations et se fixer des buts personnels (ex. réaliser toutes les cartes d’anniversaire soi-même).
Promouvoir un changement sociétal pour un accès universel. L’action individuelle est cruciale, mais un changement systémique est nécessaire pour garantir l’accès à l’art pour tous. Cela implique :
- Intégrer les arts dans les soins cliniques : Développer les programmes artistiques ciblés pour les patients (ex. Breathe Magic, Dance for PD) et généraliser la « prescription artistique » dans les systèmes de santé pour prévention et prise en charge.
- Prioriser les arts à l’école : Réinstaurer les cours d’arts dans tous les programmes scolaires, assurer l’égalité des chances pour tous les enfants et encourager des habitudes artistiques tout au long de la vie.
- Investir dans les infrastructures culturelles : Financer les lieux artistiques, les bibliothèques et les carrières artistiques communautaires pour créer des espaces accessibles et un emploi stable pour les artistes, reconnaissant leur rôle vital dans le bien-être collectif.
- Reconnaissance gouvernementale : Plaider pour des politiques qui considèrent l’accès aux arts comme un droit humain, reconnu par l’ONU et l’OMS, et soutenir les mouvements de terrain qui apportent l’art aux communautés défavorisées.
Le « moment ceinture de sécurité » pour l’art. À l’instar des ceintures, de l’alimentation saine ou de l’exercice, le rôle essentiel de l’art dans la santé doit connaître son « moment ceinture de sécurité » — une prise de conscience collective de son importance. La privation artistique est liée à un risque accru de dépression, démence, douleurs chroniques et mortalité prématurée, aggravant les inégalités de santé. En militant, collectant des fonds, éduquant et faisant pression, nous pouvons aider les sociétés à embrasser l’art, la culture et la créativité, transformant la santé « du berceau à la tombe » pour tous.