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Connaître les Écritures

Connaître les Écritures

par R.C. Sproul 1960 127 pages
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Points clés

1. La Bible est claire et vivante : dépasser les mythes de la difficulté et de l’ennui

La Bible est déjà vivante. Elle me fait vivre.

Dissiper les mythes. Beaucoup évitent l’étude de la Bible, arguant qu’elle est trop difficile ou ennuyeuse. Ce sont des excuses fréquentes, souvent le masque d’un problème plus profond. Les Réformateurs ont défendu la « perspicuité des Écritures », c’est-à-dire que son message fondamental est suffisamment clair pour que toute personne alphabétisée puisse le comprendre, même si certains passages restent complexes.

Profond mais simple. Si la Bible renferme des vérités profondes qui passionnent les savants toute une vie, son message central est assez simple pour être saisi par les « primitifs ». Dieu se révèle en termes accessibles, non dans un langage obscur ou ésotérique, afin que son amour et sa rédemption soient compris de tous, du paysan au philosophe.

Loin d’être ennuyeuse. La Bible est tout sauf monotone ; elle regorge de drames, de passions et de tous les aspects de l’existence humaine, du désir et du crime à la dévotion et à la sagesse. Toute impression d’ennui vient souvent du fait qu’on attribue la difficulté de quelques passages à l’ensemble du texte, au lieu de reconnaître sa vitalité et sa vérité intrinsèques.

2. Étudier la Bible est un devoir divin, non une option

Mais, en fin de compte, la raison principale pour laquelle nous devons étudier la Bible est que c’est notre devoir.

Le vrai problème. Notre négligence dans l’étude de la Parole de Dieu ne vient pas principalement de sa difficulté ou de son apparente monotonie, mais de la paresse. L’étude biblique est un travail, et comme tout travail depuis la Chute, elle exige effort assidu et persévérance, qualités qui nous font souvent défaut.

Les injonctions bibliques. L’Écriture elle-même ordonne une étude diligente. Deutéronome 6 invite Israël à enseigner « avec soin » les paroles de Dieu à ses enfants, à en parler sans cesse, à les lier comme des signes. L’exhortation de Paul à Timothée (2 Timothée 3:14-17) souligne que « toute Écriture est inspirée de Dieu et utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans la justice, afin que l’homme de Dieu soit accompli et parfaitement équipé pour toute bonne œuvre ».

Révélation et finalité. La Bible offre une information unique et transcendante, introuvable ailleurs, révélant la pensée et les valeurs de Dieu. Elle donne le but ultime de nos vies, face au pragmatisme à courte vue. L’étudier est essentiel pour acquérir la sagesse, se corriger et devenir des chrétiens véritablement équipés, plutôt que de vivre comme des « chrétiens sensuels » guidés par des émotions passagères.

3. Interpréter objectivement : l’exégèse, pas l’eiségèse subjective

L’exégèse est une démarche objective. L’eiségèse relève du subjectivisme.

Les dangers de l’interprétation privée. Si la Réforme a défendu l’interprétation privée, cela ne signifiait pas des « esprits débridés » déformant l’Écriture selon leurs caprices. Le droit d’interpréter s’accompagne de la responsabilité sobre d’une interprétation fidèle, évitant le subjectivisme radical qui prétend que des interprétations contradictoires peuvent être vraies simultanément.

Exégèse vs eiségèse. L’exégèse consiste à « faire sortir » du texte le sens qui s’y trouve, de manière objective. L’eiségèse, au contraire, signifie « lire dans » le texte quelque chose qui n’y est pas, guidé par des intérêts subjectifs. Pour éviter la déformation, il faut s’efforcer de comprendre objectivement le sens original avant de l’appliquer à soi.

Le rôle des enseignants. Pour combattre le subjectivisme et les biais personnels, l’étude privée doit être équilibrée par la sagesse collective d’enseignants formés. Le Christ lui-même a doté certains du don d’enseigner, et leur expertise en langue, histoire et théologie est cruciale pour dénouer les passages difficiles et prévenir les faux enseignements.

4. L’analogie de la foi : l’Écriture interprète l’Écriture

L’analogie de la foi est la règle selon laquelle l’Écriture doit interpréter l’Écriture : Sacra Scriptura sui interpres (L’Écriture sacrée est son propre interprète).

Cohérence et harmonie. Cette règle herméneutique fondamentale impose qu’aucune partie de l’Écriture ne soit interprétée de manière à contredire ce qui est clairement enseigné ailleurs. Elle repose sur la confiance que la Bible, en tant que Parole inspirée de Dieu, est cohérente, et que Dieu ne se contredit jamais.

Éviter la calomnie. Choisir une interprétation qui mettrait inutilement la Bible en conflit avec elle-même est considéré comme une calomnie envers le Saint-Esprit. Ce principe invite à accorder à l’auteur (Dieu) le « bénéfice du doute » face à plusieurs interprétations, en privilégiant celle qui maintient la cohérence.

Garantie contre la confusion. Sans l’analogie de la foi, la Bible risquerait de devenir un « caméléon », changeant de sens selon les arrière-plans changeants des interprètes. Ce principe est une protection essentielle contre la spéculation débridée et l’interprétation subjectiviste, assurant l’unité du sens biblique.

5. Interpréter littéralement, en tenant compte du genre littéraire et du contexte

Interpréter la Bible littéralement, c’est l’interpréter comme une œuvre littéraire.

Sensus literalis. Le principe luthérien de sensus literalis signifie interpréter la Bible selon son sens naturel, en appliquant les règles normales de grammaire, de langage, de syntaxe et de contexte. Ce n’est pas simpliste, mais demande une analyse littéraire rigoureuse, reconnaissant que l’inspiration ne transforme pas un nom en verbe ni un récit historique en allégorie.

L’analyse des genres est cruciale. Une interprétation juste exige une analyse attentive des genres littéraires, distinguant poésie lyrique, textes juridiques, récits historiques ou hyperboles. Ne pas reconnaître ces distinctions conduit à des erreurs, comme débattre de l’historicité de Jonas à partir de ses passages poétiques, ou accuser Jésus d’erreur pour avoir utilisé une hyperbole sur la graine de moutarde.

Méthode grammatico-historique. Cette méthode prolonge l’interprétation littérale en se concentrant sur la grammaire et le contexte historique. Comprendre la grammaire de la langue originale éclaire les ambiguïtés (ex. : Actes 1:8, commandement ou prédiction ; Romains 1:1, « évangile de Dieu »). L’analyse historique, incluant auteur, date et destinataire, est essentielle pour saisir le sens et la situation originels du texte.

6. Les récits sont éclairés par les passages didactiques

Construire la doctrine uniquement à partir des récits est une entreprise risquée.

Les épîtres interprètent les évangiles. Si les évangiles rapportent les actions et enseignements de Jésus, les épîtres en interprètent souvent la signification doctrinale et pratique. Les Réformateurs insistaient pour que les épîtres interprètent les évangiles, et non l’inverse, reconnaissant le rôle des apôtres dans l’enseignement de l’esprit du Christ.

Les dangers de l’imitation. Se contenter d’imiter exactement la vie de Jésus peut poser problème. Notre mission diffère de la sienne, et il vivait sous l’Ancienne Alliance, accomplissant des lois qui ne nous lient plus. Les épîtres aident à distinguer ce que nous sommes appelés à imiter et ce qui est propre à sa mission rédemptrice.

Langage phénoménologique. Les récits utilisent souvent un langage phénoménologique, décrivant les choses telles qu’elles apparaissent à l’œil nu, non avec une précision scientifique. Interpréter ces descriptions comme des affirmations scientifiques (ex. : le soleil se lève) peut engendrer des conflits inutiles. Il faut distinguer ce que la Bible dit des apparences et ce qu’elle enseigne didactiquement sur les réalités scientifiques.

7. Précision dans le langage : comprendre les mots dans leur contexte

Plus nous comprenons précisément les mots employés dans les affirmations bibliques, mieux nous saisirons le message global des Écritures.

Les mots sont fondamentaux. La Bible communique par les mots, et comprendre chaque mot est crucial pour saisir le message d’ensemble. Une utilisation imprécise ou ambiguë des mots conduit à des malentendus, rendant indispensable une étude attentive de la lexicographie biblique.

Étymologie vs usage. Les mots peuvent être définis par leur étymologie (origine) ou par leur usage courant. Si l’étymologie éclaire (ex. : « gloire » signifie « poids »), s’y fier exclusivement est trompeur, car le sens des mots évolue (ex. : « cute », « scan », « gay »). L’usage dans le contexte biblique prime.

Multiples sens. Beaucoup de mots bibliques ont plusieurs sens, et seul le contexte permet de choisir le bon. Par exemple, « volonté de Dieu » a au moins six acceptions, et « justifier » peut signifier « réconcilier » ou « démontrer/valider ». Ne pas discerner ces nuances mène à des contradictions irréconciliables ou à des confusions théologiques, comme dans le débat Paul-Jacques sur la justification ou sur le sens de « sanctifier ».

8. Distinguer le principe de la coutume, et l’esprit de la lettre

Obéir à la lettre tout en violant l’esprit rend techniquement juste, mais en réalité corrompu.

Conditionnement culturel. La Bible reflète son cadre culturel ancien, soulevant la question de savoir quelles prescriptions sont des principes transculturels obligatoires, et lesquelles sont des coutumes locales. Il faut discerner cette différence pour appliquer correctement l’Écriture à notre vie contemporaine, évitant à la fois un attachement rigide aux coutumes dépassées et une relativisation des principes éternels.

Esprit et lettre. Jésus critiquait les pharisiens qui obéissaient scrupuleusement à la « lettre » de la loi tout en violant son « esprit ». Il enseignait que la loi s’applique au-delà des actes extérieurs, jusqu’au cœur, comme dans ses enseignements sur la colère/meurtre et le désir/adultère. Il ne mettait pas ces péchés sur le même plan, mais soulignait que actes extérieurs et attitudes intérieures violent la loi divine.

Lignes directrices pratiques. Pour discerner principe et coutume, il faut examiner la latitude que la Bible accorde aux coutumes (ex. : lois alimentaires abrogées, styles vestimentaires variables). Distinguer les institutions que la Bible reconnaît (comme le gouvernement romain) de celles qu’elle institue positivement (comme le mariage). Éviter d’imposer des justifications culturelles contraires aux raisons bibliques, et en cas d’incertitude, préférer l’humilité et la scrupulosité plutôt que de rejeter un possible commandement divin.

9. Aborder paraboles et prophéties avec prudence et soin

La manière la plus sûre et probablement la plus juste d’aborder les paraboles est d’en chercher un point central fondamental.

Complexité des paraboles. Souvent considérées comme simples, les paraboles posent des défis d’interprétation uniques. Jésus les utilisait parfois pour voiler la vérité aux impénitents, et leur auditoire d’origine ne disposait pas du contexte complet du Nouveau Testament. Si Jésus a allégorisé la parabole du semeur, traiter toutes les paraboles comme des allégories où chaque détail a un sens spirituel précis peut semer la confusion. Il est généralement plus sûr d’en chercher un point central.

Pièges de la prophétie. L’interprétation des prophéties prédictives est l’une des formes les plus abusées d’exégèse biblique. Elle oscille entre scepticisme naturaliste, qui rejette toute prédiction authentique, et spéculations extravagantes voyant un « accomplissement clair » dans chaque événement contemporain. Le Nouveau Testament, en traitant les prophéties de l’Ancien Testament (ex. : la prophétie d’Élie dans Malachie accomplie dans l’esprit et la puissance de Jean-Baptiste), adopte une approche nuancée, laissant place à une portée plus large que l’identité littérale stricte.

Littérature apocalyptique. Les livres comme Daniel, Ézéchiel et l’Apocalypse, caractérisés par des images symboliques, sont particulièrement difficiles. La clé pour interpréter ces images est d’en chercher le sens général ailleurs dans la Bible, surtout dans l’Ancien Testament. Une attitude sobre et prudente, plutôt qu’une quête de sensationnalisme, est essentielle pour une étude fructueuse des livres prophétiques.

10. Reconnaître ses propres biais culturels dans l’interprétation

Je suis convaincu que le problème de l’influence de la mentalité séculière du XXe siècle est un obstacle bien plus redoutable à une interprétation biblique exacte que celui du conditionnement culturel ancien.

Conditionnement du lecteur. Tout comme la Bible est conditionnée par sa culture ancienne, le lecteur l’est par son cadre culturel contemporain. Cela conduit souvent à introduire dans le texte des présupposés extrabibliques, créant des « angles morts » qui déforment la compréhension. Il faut tendre vers un idéal de tabula rasa, écouter l’Écriture sans y mêler nos préjugés.

Éviter la « compréhension préalable ». Les approches modernes, comme l’herméneutique existentielle de Rudolf Bultmann, soutiennent qu’une « compréhension préalable » (souvent philosophique) est nécessaire avant d’aborder le texte. Cela risque de faire peser la mentalité du XXe siècle sur les textes du Ier siècle, absorbant le message biblique dans des schémas contemporains et le détachant de son contexte historique.

Auto-critique. Il faut tempérer notre zèle à critiquer l’Écriture en permettant à l’Écriture de nous critiquer. Prendre conscience de nos propres biais culturels et influences subjectives est crucial. Cette lucidité, jointe à une étude assidue et à l’humilité, nous aide à surmonter l’obstacle redoutable de notre mentalité séculière et à entendre plus fidèlement la Parole de Dieu.

11. Utiliser des outils essentiels pour une compréhension approfondie

Les commentaires sont un outil indispensable pour l’étudiant de la Bible.

Traductions bibliques. Choisir une traduction implique de comprendre différentes méthodologies : fidélité verbale (mot à mot, ex. NASB), fidélité conceptuelle (pensée à pensée, ex. RSV, NEB), et paraphrase (concepts développés, ex. Living Bible). Si les paraphrases peuvent servir d’introduction, elles ne sont pas recommandées pour une étude sérieuse en raison du risque accru de distorsion.

Bibles annotées et commentaires. Les notes marginales, renvois et variantes textuelles sont utiles. Cependant, les Bibles avec commentaires intégrés (ex. Scofield Reference Bible) peuvent poser problème, car les lecteurs confondent souvent le commentaire humain avec le texte inspiré. Les commentaires, en général, sont des outils indispensables qui offrent un contrepoids aux tendances personnelles et apportent un éclairage savant sur le texte.

Ressources essentielles. Au-delà des traductions et commentaires, tout étudiant sérieux a besoin d’une bonne concordance (ex. Strong, Young), d’un dictionnaire biblique fiable (ex. Hastings, New Bible Dictionary) et d’un atlas historique (ex. Westminster Historical Atlas). Pour ceux qui maîtrisent des langues étrangères, consulter d’autres traductions peut révéler des nuances subtiles. Ces outils, combinés, facilitent une compréhension plus profonde et plus précise des Écritures.

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