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Le Rhin se jette dans le Tibre

Le Rhin se jette dans le Tibre

Une histoire de Vatican II
par Ralph M. Wiltgen 1966
4.05
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Points clés

1. Le « Groupe du Rhin » a exercé une influence prédominante sur le concile Vatican II.

Le plus grand et le plus influent groupe était composé de Pères conciliaires et de périti (experts) issus des pays riverains du Rhin — Allemagne, Autriche, Suisse, France, Pays-Bas — ainsi que de la Belgique voisine. Parce que ce groupe a exercé une influence majeure sur le concile Vatican II, j’ai intitulé mon ouvrage Le Rhin se jette dans le Tibre.

Organisation stratégique. Ce groupe influent, plus tard appelé l’alliance européenne, s’est organisé de manière stratégique dès le début du concile. Ils ont combiné leurs listes pour les élections aux commissions, assurant ainsi que leurs candidats occupent des postes clés et orientent les débats conciliaires ainsi que la rédaction des documents. Leur approche proactive contrastait avec celle d’autres conférences nationales moins structurées.

Premières victoires. L’alliance a remporté d’importants succès précoces, notamment le report des élections aux commissions pour permettre des candidatures coordonnées, le placement de leurs candidats choisis dans des commissions cruciales (comme les commissions théologique et liturgique), et l’influence sur l’ordre du jour du concile pour privilégier le schéma sur la liturgie. Ces premières victoires ont démontré leur savoir-faire organisationnel et établi un précédent pour leur influence future.

Expansion de l’influence. Dès la deuxième session, l’alliance européenne s’est élargie en une « alliance mondiale », obtenant un soutien considérable des évêques africains et latino-américains. Cette coalition plus large s’est souvent construite autour de perspectives théologiques communes, d’un travail de réseautage stratégique et d’un soutien financier d’agences allemandes de collecte de fonds telles que Misereor et Adveniat, consolidant ainsi leur contrôle majoritaire sur l’orientation du concile.

2. Vatican II a été marqué par d’importants affrontements entre factions libérales et conservatrices.

À l’exception de quelques interventions pontificales, l’harmonie fut finalement rétablie grâce à l’usage des procédures législatives normales.

Division idéologique. Le concile s’est caractérisé par une nette division idéologique entre les « progressistes » (libéraux) et les « traditionalistes » (conservateurs) sur presque toutes les questions majeures. Ces factions s’opposaient sur la langue liturgique, la nature de la révélation divine, le rôle de la Curie romaine, et l’adaptation des enseignements de l’Église au monde moderne.

Rejet des schémas. Les premiers schémas, en particulier les constitutions dogmatiques préparées par la Curie romaine, ont rencontré une forte opposition et furent souvent rejetés ou renvoyés pour une révision complète. Les critiques les jugeaient dépassés, trop négatifs et représentatifs d’une seule école théologique, ce qui a donné lieu à des débats intenses et à des manœuvres procédurales visant à modifier leur contenu ou même à les abandonner.

Tensions de la « semaine noire ». La « semaine noire » de la troisième session a mis en lumière ces tensions, les interventions pontificales sur la collégialité, la liberté religieuse et l’œcuménisme provoquant une grande frustration chez les libéraux et rassurant les conservateurs. Ces moments ont souligné les désaccords profonds et la lutte constante pour influencer les documents finaux du concile.

3. Les stratégies procédurales et les interventions pontificales ont profondément façonné les résultats du concile.

Le Pape, agissant sur la suggestion de la présidence du concile, a dispensé de l’application de l’article 39 du règlement du concile, qui exigeait une majorité absolue (50 % plus un) pour toutes les élections. Une pluralité suffisait désormais...

Modifications des règles. Les règles procédurales clés ont été fréquemment modifiées tout au long du concile, souvent pour débloquer des impasses ou faciliter l’avancement de certains programmes. Parmi les exemples :

  • Modification des majorités requises (par exemple, passage d’une majorité absolue à une pluralité pour les élections, ou d’une majorité des deux tiers à une majorité simple pour le rejet des schémas).
  • Changements dans les conditions pour prendre la parole (par exemple, nécessité de 70 signatures pour intervenir après la clôture du débat).
    Ces ajustements ont eu un impact significatif sur les propositions qui ont progressé ou été mises de côté.

Manœuvres stratégiques. Les factions ont employé diverses stratégies, telles que retarder les débats sur des schémas défavorables ou pousser pour des votes rapides sur des schémas favorables. Les cardinaux modérateurs, par exemple, ont parfois reporté des votes pour permettre des « périodes de refroidissement » ou pour rassembler davantage de soutien, illustrant la dimension politique du processus législatif conciliaire.

Influence directe du pape. Tant le pape Jean XXIII que le pape Paul VI sont intervenus directement à des moments cruciaux, exerçant leur autorité suprême pour orienter le concile. Cela incluait la création de nouvelles commissions, la modification de l’ordre du jour ou la publication de directives sur la formulation doctrinale, souvent pour résoudre des blocages ou garantir des résultats théologiques précis, comme ce fut le cas avec le schéma sur la Révélation divine.

4. La réforme liturgique fut une victoire fondatrice et précoce pour la vision progressiste du concile.

Par cette annonce, mardi 16 octobre, lors de la deuxième congrégation générale, l’alliance européenne remportait une nouvelle victoire. Si les deux premières — le report des élections et le placement de candidats triés sur le volet dans les commissions du concile — avaient largement fait la une, cette troisième victoire passa inaperçue.

Priorité initiale. Le schéma sur la liturgie sacrée fut le premier document débattu et approuvé par le concile, un succès majeur pour l’alliance européenne. Son inscription précoce à l’ordre du jour, malgré les plans initiaux de discuter d’abord les constitutions dogmatiques, marquait un tournant vers des préoccupations pastorales.

Changements clés. La constitution approuvée sur la liturgie introduisit des réformes profondes visant à favoriser la participation active des fidèles. Parmi les changements essentiels :

  • Usage accru des langues vernaculaires dans la messe et les sacrements.
  • Mise en valeur de la Bible par davantage de lectures.
  • Simplification des rites pour les rendre plus compréhensibles.
  • Adaptation des pratiques liturgiques aux cultures locales, notamment dans les territoires missionnaires.

Défis de mise en œuvre. Malgré une approbation écrasante (2147 voix contre 4), la mise en œuvre de la constitution liturgique rencontra d’abord une résistance bureaucratique. Un Motu proprio pontifical provoqua initialement confusion et déception, mais des révisions ultérieures et la création d’une commission spéciale assurèrent l’application effective des réformes, symbolisant une victoire sur l’inertie curiale.

5. Le concile visait un « aggiornamento » et une approche pastorale, dépassant les condamnations.

La vie chrétienne n’est pas un ensemble de coutumes anciennes.

La vision du pape Jean. Le pape Jean XXIII lança le concile avec une vision claire d’« aggiornamento » (mise à jour) et un accent principalement pastoral. Il soulignait le rôle de l’Église à démontrer la validité de ses enseignements par la miséricorde et le dialogue, plutôt que par des condamnations sévères des erreurs, rompant ainsi avec les approches conciliaires antérieures.

Changement de ton. Cette nouvelle approche contrastait fortement avec les documents préparatoires initiaux, souvent critiqués pour leur négativité, leur agressivité et leur souci excessif de condamner les erreurs théologiques. Le concile cherchait à présenter le message de l’Église de manière positive et accueillante, favorisant la compréhension plutôt que la division.

Engagement avec la modernité. Le concile voulait s’engager de façon constructive avec les « nouvelles conditions et formes de vie introduites dans le monde moderne ». Cela impliquait d’aborder les défis contemporains et de rendre le message de l’Église pertinent et accessible à l’humanité moderne, témoignant d’un désir de « faire entrer un peu d’air frais dans l’Église ».

6. La collégialité épiscopale émergea comme une doctrine clé, remettant en cause l’autorité traditionnelle de la Curie.

La notion de collégialité était l’aspect le plus important de l’Église avant le concile, déclara le pape. Il attendait « avec de grandes attentes et confiance cette discussion qui, partant des déclarations dogmatiques du premier concile Vatican concernant le Pontife romain, allait développer la doctrine concernant l’épiscopat, sa fonction et sa relation avec Pierre. »

Complément au Vatican I. La collégialité fut un débat doctrinal central, destiné à compléter la définition de la primauté pontificale donnée par le premier concile Vatican. Elle affirmait que le collège des évêques, en union avec le pape, détient également l’autorité suprême sur l’Église universelle, équilibrant ainsi l’autorité individuelle du pape avec la responsabilité collective de l’épiscopat.

Résistance curiale. Cette doctrine rencontra une forte opposition des conservateurs au sein de la Curie romaine et de certains Pères conciliaires, qui craignaient qu’elle ne diminue le pouvoir personnel suprême du pape et la structure monarchique de l’Église. Les débats furent intenses, avec la crainte que la collégialité ne conduise à un « parlement mondial » au sein de l’Église.

Clarification pontificale. En raison d’ambiguïtés dans la formulation du schéma et des craintes d’interprétations libérales extrêmes, le pape Paul VI publia une « note explicative préliminaire ». Cette note précisait que le pape détient personnellement le pouvoir suprême et que le collège épiscopal exerce son pouvoir suprême uniquement avec et sous sa tête, le pape, préservant ainsi l’unité de l’autorité tout en affirmant la collégialité.

7. L’œcuménisme et le dialogue interreligieux devinrent centraux dans la mission de l’Église.

Nous nous tournons vers une chose nouvelle à naître, un rêve à réaliser.

Secrétariat pour l’unité chrétienne. La vision du pape Jean XXIII pour l’unité conduisit à la création du Secrétariat pour la promotion de l’unité chrétienne, qui joua un rôle crucial en invitant des délégués observateurs d’autres confessions chrétiennes. Cette initiative favorisa un dialogue et une compréhension mutuelle sans précédent, dépassant les animosités historiques.

Ouverture aux non-chrétiens. Le concile étendit son accueil aux religions non chrétiennes, menant à la création d’un Secrétariat pour les non-chrétiens. Une déclaration clé aborda la relation de l’Église avec des confessions telles que le judaïsme, l’islam, l’hindouisme et le bouddhisme, reconnaissant les vérités et les valeurs qu’elles contiennent et promouvant le dialogue interreligieux.

Franchir les barrières historiques. Ces initiatives œcuméniques et interreligieuses visaient à dépasser les rancunes anciennes, comme l’accusation de « déicide » portée contre les juifs, et à promouvoir le respect mutuel. Le pèlerinage du pape Paul VI en Terre Sainte et la levée réciproque des excommunications avec le patriarche de Constantinople symbolisèrent un engagement profond en faveur de la réconciliation et de l’unité.

8. La transparence et le contrôle de l’information furent des sources constantes de tension durant le concile.

Les Pères sont tenus au secret sur les discussions du concile et les opinions individuelles.

Secret strict initial. Contrairement au premier concile Vatican, Vatican II disposait d’un bureau de presse, mais les règles strictes de confidentialité limitaient sévèrement les informations officielles. Cela contraignit les journalistes à chercher des sources alternatives, provoquant frustration et rapports souvent « succincts » ou « anonymes » manquant de détails précis ou de citations attribuées.

Canaux d’information non officiels. Pour contourner ce secret officiel, des conférences épiscopales nationales (française, allemande, américaine) et des services d’information indépendants (comme le Divine Word News Service) émergèrent. Ces canaux fournissaient des informations plus détaillées, parfois critiques, remettant en cause le récit officiel et influençant l’opinion publique.

Directives pontificales sur l’information. Le pape Paul VI finit par émettre des normes plus strictes pour les pérti et la diffusion des documents, visant à limiter les fuites non autorisées et les « groupes de pression » influençant l’opinion publique. Ces mesures furent parfois perçues comme des tentatives de contrôler le récit et de restreindre la liberté d’expression au sein du concile.

9. Les débats sur la vie sacerdotale, le mariage et les questions sociales reflétaient l’engagement de l’Église avec la modernité.

Le schéma, disait-on, n’était pas suffisamment imprégné d’un esprit surnaturel et nécessitait une grande révision.

Célibat sacerdotal. Malgré de nombreuses spéculations médiatiques sur la possibilité de prêtres mariés, le concile réaffirma fermement et renforça la discipline du célibat dans le rite latin. Cependant, il ouvrit la porte à la possibilité d’un diaconat permanent marié, témoignant d’une approche nuancée face aux besoins ministériels du monde moderne.

Mariage et famille. Les débats sur le mariage portèrent sur l’adaptation des enseignements traditionnels à la vie familiale contemporaine, notamment en ce qui concerne les finalités du mariage et la contraception. Si le concile évita une déclaration définitive sur la contraception artificielle, la réservant à une commission pontificale spéciale, il insista sur la sainteté du mariage et l’importance de l’amour conjugal aux côtés de la procréation.

Justice sociale et problèmes mondiaux. Le schéma « L’Église dans le monde moderne » aborda des enjeux globaux pressants tels que la faim, la pauvreté, la discrimination raciale, la guerre et les armes nucléaires. Il visait à définir le rôle de l’Église dans la promotion de la justice et de la paix, bien que les débats révélèrent des tensions entre des approches optimistes et plus prudentes face à ces défis complexes.

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