Points clés
1. La philanthropie est personnelle, mais exige de la clarté
Aller au-delà d’un simple don réflexe commence par clarifier vos valeurs et vos convictions.
La passion personnelle est le point de départ. La philanthropie est par nature intime, guidée par des valeurs individuelles, des relations et le désir de « faire sa part ». Pourtant, cela peut conduire à un « don réflexe » — soutenir de nombreuses causes sans engagement profond ni but précis. Pour maximiser l’impact, les donateurs doivent dépasser la simple générosité et adopter une réflexion disciplinée sur ce qui leur tient vraiment à cœur.
Clarifiez vos valeurs fondamentales. Cela implique un cheminement personnel souvent nourri par la réflexion, les échanges avec la famille et des mentors, ainsi que l’apprentissage auprès d’autrui. Le livre recommande d’ancrer ses priorités autour de grandes catégories :
- Les personnes : venir en aide à des groupes spécifiques (par exemple, les enfants défavorisés, les femmes et les filles).
- Les problèmes : s’attaquer à des enjeux précis (par exemple, la sécurité routière, la recherche contre les maladies).
- Les lieux : revitaliser ou préserver des territoires particuliers (par exemple, la langue hawaïenne, le centre-ville de Los Angeles).
- Les voies : croire en une approche spécifique (par exemple, la technologie, le mentorat).
- Les philosophies : promouvoir une vision du monde (par exemple, les sociétés ouvertes, des principes économiques).
La clarté évite l’ambiguïté. Sans valeurs explicites, les efforts philanthropiques risquent de se diluer, entraînant un gaspillage de ressources et des conflits internes, notamment dans les fondations où plusieurs décideurs interviennent. Des valeurs claires garantissent que la philanthropie reste fidèle à l’intention du donateur, même si les priorités évoluent ou que la direction change, permettant ainsi à d’autres de travailler efficacement vers des objectifs communs.
2. Définissez le succès avec précision
Clarifier ce qui constituera un succès pour une subvention ou une initiative donnée revient à traduire la victoire que vous imaginez pour la société en un résultat concret et mesurable, capable d’orienter les décisions sur l’allocation optimale des ressources précieuses.
Éloignez-vous des aspirations vagues. Nombreux sont les philanthropes qui souhaitent « guérir le cancer » ou « éradiquer la pauvreté », mais ces visions trop vastes dépassent la portée de toute entité unique et sont trop floues pour guider efficacement l’allocation des ressources. Une philanthropie efficace exige de transformer ces aspirations en résultats spécifiques et de haut niveau, capables d’orienter les choix et les arbitrages. Par exemple, au lieu de « renverser le réchauffement climatique », visez « l’adoption d’une législation fédérale sur le système de plafonnement et d’échange ».
La précision oriente l’action. Une bonne définition du succès doit être suffisamment précise pour guider les décisions de financement, vous permettant de déterminer ce qui relève ou non du périmètre d’une initiative. Elle doit aussi permettre d’évaluer les progrès dans le temps. Clarence Day, par exemple, s’est concentré sur l’aide aux adolescents en fin de placement familial, définissant le succès par leur capacité à accéder à l’âge adulte avec un soutien en logement, emploi et éducation.
Trois critères pour définir le succès. Une définition opérationnelle du succès doit :
- Refléter les valeurs et convictions du philanthrope.
- Être assez précise pour guider les décisions de financement et les arbitrages.
- Permettre de mesurer les progrès ou leur absence.
Cette clarté évite la « confusion mentale » et garantit que les efforts se concentrent sur des résultats tangibles et atteignables.
3. Élaborer une théorie du changement réalisable
En termes simples, une théorie du changement part du changement que vous souhaitez voir dans le monde et remonte en arrière pour exposer tout ce qui doit se produire pour y parvenir.
Cartographiez le chemin vers l’impact. Une théorie du changement décrit la séquence d’activités et d’événements nécessaires pour atteindre le succès défini. Elle identifie les acteurs clés, leurs rôles, ainsi que les hypothèses sous-jacentes sur leur comportement. Ce cadre aide à distinguer les stratégies réalisables des simples « vœux pieux » et oblige à affronter la réalité.
Testez les hypothèses et explorez le terrain. Les philanthropes doivent rigoureusement vérifier leurs hypothèses, car beaucoup de croyances courantes (par exemple, qu’un programme pilote réussi se généralise automatiquement) sont souvent erronées. « Explorer le terrain » consiste à recueillir des informations sur :
- La perception du problème par les bénéficiaires.
- Les autres acteurs actifs et leurs stratégies.
- Ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas.
- Les avis d’experts et les leçons du passé.
- La maturité du problème pour une intervention.
Cette recherche permet d’identifier des opportunités, d’éviter de réinventer la roue et de s’adapter aux revers, comme l’a montré la Fondation Michael J. Fox en ciblant les lacunes dans le développement de médicaments.
Exemples de théories du changement efficaces. La Fondation Draper Richards Kaplan part du principe que « le leadership dévoué et talentueux est l’essence du changement social », ce qui les conduit à soutenir des entrepreneurs sociaux. La Fondation Barbara Lee Family se concentre sur « aider les femmes à être élues » pour renforcer la démocratie. Ces exemples illustrent comment une théorie du changement claire, même avec des ressources limitées, peut transformer des aspirations vastes en stratégies réalistes et délimitées.
4. Adoptez une responsabilité auto-imposée
À moins que vous n’exigiez l’excellence de vous-même, personne d’autre ne le fera à votre place.
L’excellence est une exigence que l’on se fixe soi-même. Contrairement aux entreprises ou aux gouvernements, la philanthropie ne bénéficie pas de dynamiques de marché ou d’une responsabilité externe pour stimuler l’amélioration continue. Cette « vérité terrible » signifie que les donateurs doivent proactivement se fixer des standards élevés et se tenir responsables d’obtenir des résultats, pas seulement pour leurs bénéficiaires.
Engagez toutes vos ressources. La responsabilité dépasse la simple contribution financière pour inclure votre temps et votre influence (compétences, expertise, réseaux). Chaque nouvel engagement implique des arbitrages dans votre portefeuille philanthropique. Il est crucial d’être brutalement honnête sur ce que vous êtes capable et prêt à mobiliser, en tenant compte de vos préférences personnelles, de vos délais et de votre tolérance au risque.
Affrontez les risques explicitement. Les philanthropes doivent considérer trois types de risques :
- Risque stratégique : la possibilité que les efforts n’aboutissent à aucun résultat ou causent des dommages involontaires.
- Risque secondaire : des conséquences négatives imprévues pour d’autres, même si votre plan réussit.
- Risque personnel : déception ou atteinte à la réputation si la philanthropie ne répond pas aux attentes.
Évaluer ces risques avec franchise évite la « confiance aveugle » et garantit que les engagements correspondent à ce que vous êtes réellement prêt à assumer.
5. Construisez la capacité adéquate pour l’exécution
La stratégie la plus élégante est inutile si elle ne peut être mise en œuvre efficacement.
L’exécution est le moment où la stratégie devient concrète. Atteindre l’impact requiert une exécution rigoureuse, qui dépend d’avoir les « bonnes personnes, les bons processus et les bons coûts » tant pour votre entité philanthropique que pour vos bénéficiaires. Cela signifie recruter un personnel compétent, développer des processus décisionnels intelligents et assurer un modèle financier durable.
Recruter pour l’impact. Trouver les « bonnes personnes » en philanthropie est un défi en raison des compétences spécialisées et d’un vivier de talents restreint. Les donateurs doivent privilégier la confiance, les valeurs partagées et les exigences spécifiques du poste, en décidant s’ils ont besoin d’un partenaire, d’un bras droit solide, d’un généraliste ou d’un spécialiste. Embaucher la « mauvaise personne » peut engendrer des conflits internes et nuire à l’efficacité, comme l’illustre l’exemple de Walter Connors.
Lutter contre le « cycle de famine des associations ». De nombreuses associations sont « construites pour échouer » à cause d’attentes irréalistes des bailleurs sur les frais généraux. Les donateurs sous-estiment souvent l’importance des « bons frais généraux » tels qu’une gestion solide, des systèmes informatiques ou un directeur financier, essentiels à la performance et à la croissance durables. Soutenir le renforcement des capacités, comme le fait la Fondation Edna McConnell Clark, est indispensable pour que les bénéficiaires obtiennent de meilleurs résultats et évitent d’être « sous-administrés ».
6. Cultivez de véritables partenariats avec les bénéficiaires
Votre tâche la plus importante est de choisir judicieusement vos bénéficiaires, puis de tout faire pour les aider à obtenir les meilleurs résultats possibles.
Au-delà du simple financement. Si les donateurs apportent un capital essentiel, leur rôle le plus crucial est de favoriser de véritables partenariats avec les bénéficiaires. Cela signifie dépasser une relation transactionnelle pour instaurer un rapport fondé sur le respect mutuel, une communication claire et une alignement stratégique partagé, malgré le déséquilibre de pouvoir inhérent.
Sélection rigoureuse et diligence raisonnable. Choisir les bons bénéficiaires est primordial. Cela implique :
- La recherche : élargir le vivier de candidats grâce aux relations, à la recherche, aux avis d’experts et aux appels à projets.
- La diligence raisonnable : évaluer minutieusement la capacité d’un candidat à produire des résultats, tant sur le plan programmatique qu’organisationnel. Ce processus doit être proportionné à l’importance et au contexte de la subvention, évitant l’« engouement » au détriment des faits.
- Le réalisme : reconnaître et traiter les faiblesses organisationnelles, et être prêt à financer le renforcement des capacités.
Évitez la « disruption stratégique » et le coût élevé du capital. Les donateurs peuvent involontairement imposer un « coût du capital » élevé aux bénéficiaires par des exigences excessives de reporting, des demandes irréalistes ou en forçant des stratégies mal alignées. Cette « disruption stratégique » peut dérailler la mission d’une association et gaspiller des ressources. Favorisez plutôt une définition partagée du succès, où les deux parties comprennent clairement les objectifs et les rôles, et où le donateur agit en coach plutôt qu’en contrôleur, comme l’illustre le partenariat d’Elaine Wynn avec Communities in Schools.
7. Priorisez l’apprentissage et l’amélioration continue
« Est-ce que je m’améliore ? » est une question qui porte sur le progrès continu, non sur le statu quo.
L’apprentissage alimente le progrès. S’améliorer en philanthropie, comme dans toute entreprise, nécessite un apprentissage constant. Cela implique de rechercher activement des informations qui éclairent des décisions plus intelligentes en matière de stratégie et d’exécution, plutôt que d’accepter passivement une « sous-performance satisfaisante ». L’apprentissage s’accumule, générant des retours plus élevés pour la société au fil du temps.
Mesurer pour apprendre, pas seulement pour comptabiliser. Une mesure efficace remplit trois fonctions :
- Responsabilité : suivre ce qui s’est passé (rétrospectif).
- Amélioration continue : diagnostiquer forces et faiblesses pour s’adapter et innover (prospectif).
- Preuve d’impact : établir la causalité pour des changements spécifiques (par exemple, via des essais randomisés contrôlés).
Les mesures les plus utiles sont stratégiques, contextuelles et exploitables, aidant donateurs et bénéficiaires à prendre de meilleures décisions.
Prônez la vérité et apprenez de l’échec. La philanthropie souffre souvent d’un manque de retours francs, car les bénéficiaires craignent de compromettre leur financement et les donateurs préfèrent les bonnes nouvelles. Les donateurs doivent activement cultiver des « porteurs de vérité » au sein de leurs conseils, équipes et bénéficiaires, créant une culture où les problèmes sont discutés ouvertement. Apprendre des « échecs » (qui sont souvent de simples ajustements de cap) est essentiel pour innover et progresser, comme l’a démontré la Fondation Gill en adaptant sa stratégie contre les crimes haineux.
8. Exploitez plus que l’argent
Tout comme les investissements en actions peuvent être amplifiés par la dette dans la finance, les fonds philanthropiques peuvent être décuplés par des contributions non financières dans le domaine de la philanthropie.
L’argent est une ressource, l’influence est un pouvoir. Si les ressources financières sont fondamentales, la richesse privée seule reste dérisoire face aux besoins sociétaux. Maximiser l’impact exige de définir les ressources au sens large, incluant les contributions non financières : votre temps et votre influence. Ces actifs immatériels — compétences, expertise, réputation et réseaux personnels/professionnels — peuvent considérablement amplifier les efforts philanthropiques.
Déploiement stratégique du temps et de l’influence. La manière dont vous allouez votre temps est une décision stratégique cruciale. Cela peut aller d’un engagement direct (comme l’implication profonde de Peter Lynch dans sa fondation) à l’utilisation d’intermédiaires (comme Josh Bekenstein avec New Profit). L’influence peut servir à :
- Convoquer : rassembler les parties prenantes clés (par exemple, la Fondation Rockefeller après Katrina).
- Plaider : promouvoir des politiques ou des causes (par exemple, Albert et Mary Lasker pour la recherche médicale).
- Connecter : mettre en relation bénéficiaires, autres bailleurs ou membres de conseils.
- Apporter une expertise : offrir coaching, planification stratégique ou conseils technologiques (par exemple, Jean Case avec Network for Good).
Approches financières innovantes. Au-delà des subventions traditionnelles, les donateurs peuvent agréger des capitaux avec d’autres (par exemple, le Growth Capital Aggregation Pilot de la Fondation Edna McConnell Clark, ClimateWorks) ou recourir à l’« investissement lié à la mission ». Cela inclut les investissements liés aux programmes, les garanties de prêts ou les prises de participation dans des entreprises à vocation sociale, brouillant la frontière entre philanthropie et investissement pour obtenir à la fois des retours sociaux et financiers, comme le montre l’exemple d’Omidyar Network.
9. Méfiez-vous des pièges de la philanthropie
L’ignorance est le péché suprême en philanthropie. L’arrogance en est le double.
Les « vérités terribles » et les « pièges pour les imprudents » minent l’impact. Le livre met en lumière des défis inhérents qui peuvent conduire à la sous-performance :
- Toute philanthropie est personnelle : ce qui mène au « don réflexe » sans but clair.
- Les résultats peuvent dérouter : rendant difficile la mesure de l’impact et générant des retours ambigus.
- L’excellence est auto-imposée : sans pression externe, la complaisance s’installe.
Pièges courants à éviter :
- La confusion mentale : laisser les émotions et les vœux pieux supplanter la logique, aboutissant à des objectifs flous (par exemple, « guérir le cancer »).
- L’isolement : croire pouvoir réaliser de grandes ambitions seul, en négligeant la collaboration avec d’autres acteurs.
- La sous-estimation et le sous-investissement : minimiser chroniquement les coûts et capacités nécessaires pour obtenir des résultats (par exemple, les objectifs vagues et le soutien insuffisant du Annenberg Challenge).
- La négligence du secteur associatif : refuser le soutien au fonctionnement général et imposer un « coût du capital » excessif aux bénéficiaires.
- La sous-performance satisfaisante : se contenter du « assez bien » sans chercher à s’améliorer continuellement.
Affronter ces pièges demande de la discipline. Les donateurs doivent résister aux tendances humaines naturelles comme l’engouement pour des idées ou des leaders, et le confort des retours positifs. Ils doivent au contraire faire preuve d’humilité, rechercher des « porteurs de vérité » francs et apprendre de leurs erreurs pour que leur philanthropie fasse réellement une différence significative dans le monde.
Résumé des avis
Give Smart suscite des avis partagés, avec une note moyenne de 3,60 sur 5. Les lecteurs apprécient ses éclairages sur la philanthropie stratégique, notamment pour les donateurs fortunés et les dirigeants de fondations. Beaucoup y trouvent une aide précieuse pour mieux comprendre les mécanismes d’un don efficace et accroître l’impact philanthropique. Toutefois, certains reprochent à l’ouvrage son orientation trop restreinte aux grands donateurs, sa répétitivité et son manque d’applicabilité plus large. Les avis positifs saluent ses conseils pratiques, ses études de cas et son cadre méthodologique pour un don réfléchi. En revanche, les critiques soulignent qu’il peut s’avérer moins pertinent pour les donateurs individuels ou ceux en quête d’une approche plus personnelle de la philanthropie.
Les lecteurs ont aussi lu