Points clés
1. La motivation et l’état d’esprit sont essentiels
Seul dans le monde des langues, l’amateur a de la valeur.
L’intérêt est le moteur du succès. Kató Lomb était convaincue que l’intérêt véritable, la motivation, la persévérance et l’assiduité sont bien plus déterminants pour réussir l’apprentissage d’une langue que cette notion vague de « don inné ». Elle voulait démystifier l’apprentissage linguistique, en ôtant le statut héroïque qui lui est souvent attribué, pour le présenter comme une activité intellectuelle accessible et gratifiante pour tous. Son propre parcours, débutant l’apprentissage des langues relativement tard (dans la trentaine et la quarantaine), en est la preuve vivante.
Acceptez l’imperfection. Lomb défendait l’idée qu’il est précieux de connaître une langue « même imparfaitement ». Contrairement à d’autres compétences où l’amateurisme peut être moqué (un mauvais violoniste ou chimiste, par exemple), même des phrases maladroites en langue étrangère peuvent créer des ponts entre les personnes et atteindre des objectifs concrets. Cette vision généreuse encourage les apprenants à dépasser la peur de l’erreur, qu’elle identifie comme un frein majeur.
Un apprentissage joyeux. Associer l’apprentissage des langues au travail ou aux loisirs, plutôt que de le percevoir comme une tâche lourde et séparée, est fondamental. Lomb suggère de l’intégrer dans la vie quotidienne, par exemple en lisant des articles techniques en langue étrangère pour progresser professionnellement ou en regardant des films étrangers. Cette approche transforme l’apprentissage en une source inépuisable de plaisir, rendant le processus motivant et durable.
2. Faites de la lecture active votre outil principal
Nous devrions lire parce que ce sont les livres qui transmettent le savoir de la manière la plus intéressante, et il est dans la nature humaine de rechercher le plaisir et d’éviter la contrariété.
Les livres sont sans égal. Lomb défendait avec passion la lecture comme le « moyen suprême de retenir les connaissances existantes et d’en acquérir de nouvelles ». Elle soulignait que les livres sont toujours disponibles, peuvent être relus à volonté, et permettent à l’apprenant d’avancer à son propre rythme. Ils surpassent ainsi les conversations éphémères ou les horaires rigides des cours, surtout pour les adultes autodidactes.
Un engagement actif. Sa méthode insiste sur la lecture active, c’est-à-dire ne pas se contenter de consommer passivement un texte, mais interagir avec lui. Cela implique :
- Lire avec une certaine « insouciance », en se concentrant sur la compréhension globale plutôt que de chercher chaque mot inconnu.
- Prendre des notes, souligner, poser des questions en marge pour personnaliser l’expérience.
- Déduire le sens des mots par le contexte, ce qui crée une impression plus profonde et durable que la consultation automatique du dictionnaire.
Un contenu personnalisé. Le choix des textes est crucial : ils doivent réellement intéresser l’apprenant. Qu’il s’agisse de catalogues pour philatélistes, de pages sportives pour passionnés, de romans d’amour ou de polars, l’intérêt personnel agit comme un puissant moteur pour dépasser les blocages linguistiques. Cette méthode garantit un apprentissage plaisant et pertinent, favorisant un engagement durable.
3. Apprenez la grammaire à partir de la langue, pas d’abord des règles
On apprend la grammaire à partir de la langue, pas la langue à partir de la grammaire.
La grammaire par immersion. Lomb soutenait fermement l’idée révolutionnaire de la fin du XIXe siècle selon laquelle « on apprend la grammaire à partir de la langue, pas la langue à partir de la grammaire ». Elle rejetait la méthode traditionnelle consistant à bourrer les règles grammaticales et à mémoriser des listes de mots, qu’elle trouvait fastidieuse et peu efficace. Selon elle, les livres ordinaires, lus activement, sont les manuels les plus fiables pour intégrer les structures grammaticales.
Les schémas plutôt que les règles. Elle comparait les structures grammaticales à des « formes de cordonnier » ou des « diapasons » — des modèles qui, une fois intégrés, permettent de produire automatiquement des formes correctes. Le but est que les règles deviennent une seconde nature, comme obéir à un feu rouge sans y penser. Cette automatisation s’obtient par une exposition fréquente à des formes correctes dans des contextes significatifs.
Une prise de conscience. Tout en prônant l’apprentissage de la grammaire par la langue, Lomb reconnaissait que l’esprit adulte a besoin de comprendre le « pourquoi ». Elle encourageait les apprenants à identifier consciemment et à expliciter les règles qu’ils découvrent eux-mêmes, car cet effort personnel crée une compréhension plus profonde et durable, ainsi qu’un sentiment d’accomplissement. Cette approche combine acquisition intuitive et compréhension logique, rendant l’apprentissage plus solide.
4. Acquérez le vocabulaire en contexte, pas isolément
Le mot ou le nom à mémoriser ne doit jamais flotter dans le vide, mais être associé à un autre terme ou concept déjà connu.
Le contexte est roi. Lomb insistait sur le fait que les mots ne peuvent être compris ni appris isolément ; ils doivent être rencontrés et mémorisés dans leur « contexte » — le texte environnant, la situation ou les concepts associés. Apprendre des mots à partir de simples glossaires, où une seule équivalence dans la langue maternelle est donnée, prive le mot de son riche « arrière-plan » et de ses multiples sens, conduisant à une compréhension superficielle et à un oubli rapide.
Des glossaires personnalisés. Elle recommandait de créer des « glossaires désordonnés » où les mots sont notés dans le contexte où ils sont apparus, avec synonymes ou antonymes. Cette compilation personnelle, utilisant différents instruments et styles d’écriture, crée des liens associatifs forts en mémoire. Le fait de déduire le sens d’un mot par le contexte puis de le noter procure un « sentiment d’accomplissement » qui renforce l’apprentissage.
Mnémoniques et associations. Pour lutter contre l’oubli, Lomb préconisait les mnémoniques — l’art de placer les termes dans des contextes artificiels ou de les associer à des connaissances existantes. Cela peut être lexical, sémantique ou phonétique. Bien qu’elle reconnaisse le risque des « faux amis » (mots semblables en apparence mais de sens différents), elle estimait que l’association consciente est essentielle pour fixer le vocabulaire nouveau en mémoire, surtout pour les termes abstraits ou symboliques.
5. Pratiquez consciemment et activement, surtout par des monologues
Si je parle avec moi-même, je suis soulagée que mon interlocuteur ne s’indigne pas de mes longues hésitations, accords grammaticaux difficiles et lacunes lexicales comblées dans la langue maternelle.
Les monologues sont précieux. Lomb était une fervente partisane de « l’autologue » — les monologues silencieux dans la langue cible. Cette méthode d’auto-pratique offre un espace sûr et sans jugement pour expérimenter nouveau vocabulaire et structures grammaticales sans la pression d’un partenaire de conversation. Elle permet de dépasser les inhibitions, de consolider les connaissances et de maintenir l’engagement linguistique même en solitaire.
Un engagement conscient. Qu’il s’agisse d’écouter la radio, de regarder la télévision ou d’observer des locuteurs étrangers, Lomb soulignait l’importance de « l’activité consciente ». Cela signifie discerner activement les sons, les comparer à sa langue maternelle et identifier les règles de prononciation. Elle recommandait des « exercices phonétiques » avec des mots sans sens pour pratiquer les sons difficiles et les positions de la bouche, souvent devant un miroir.
La répétition est fondamentale. Lomb considérait la répétition comme un « élément essentiel de l’apprentissage des langues », comparable à un couteau pour un tourneur ou au carburant pour un moteur. Les livres offrent une source illimitée pour cela, permettant de relire textes et phrases sans contrainte. Enregistrer et réécouter des émissions en langue étrangère offre aussi des occasions de répétition ciblée, notamment pour améliorer prononciation et intonation.
6. L’âge n’est pas un obstacle ; adaptez votre style d’apprentissage
La deuxième fausse idée sur l’âge et l’apprentissage des langues est que « on peut oublier en vieillissant, mais plus apprendre ». Ce serait triste si c’était vrai.
Démystifier les mythes sur l’âge. Lomb contestait la croyance répandue selon laquelle les enfants sont naturellement meilleurs pour apprendre les langues et que les adultes âgés ne peuvent plus apprendre efficacement. Elle expliquait que si les enfants acquièrent la langue automatiquement et intuitivement, les adultes apprennent logiquement, en s’appuyant sur leur cadre intellectuel existant. Le « rythme lent » de l’enfant, qui met des années à maîtriser sa première langue, est souvent ignoré.
Les atouts des adultes. Les adultes disposent d’un monde intellectuel et émotionnel riche, d’un « second système de signal » (forme linguistique) développé, et d’un esprit logique qui cherche raisons et schémas. Cela leur permet d’utiliser la grammaire comme « catalyseur » et de faire des comparaisons conscientes entre langues, accélérant ainsi l’apprentissage. Les « années de retraite » offrent une opportunité unique d’étude autodirigée, motivée par l’intérêt, sans les pressions de la jeunesse.
Surmonter les inhibitions. Si les apprenants plus âgés peuvent rencontrer des difficultés de prononciation (mieux acquise avant 12-14 ans) et de mémorisation des noms, ces obstacles sont surmontables. Lomb suggérait d’associer noms et mots à quelque chose de personnel et d’utiliser des « expressions de lancement » pour dépasser les hésitations à l’oral. Elle notait que les femmes, en général, ont un désir de communication plus fort et moins d’inhibitions, ce qui les rend souvent plus à l’aise.
7. Utilisez dictionnaires et manuels adaptés avec discernement
Un dictionnaire est un moyen durable d’étancher votre soif de savoir. Il mérite quelques réflexions pour les milliers de mots qu’il contient.
Les dictionnaires : clés, pas béquilles. Lomb considérait les dictionnaires comme d’« excellentes clés » pour déverrouiller une langue, susciter la réflexion et aider à l’acquisition de nouveaux alphabets. Elle encourageait à acheter, feuilleter et « corner » ses dictionnaires, notamment pour les langues « hiéroglyphiques » comme le chinois ou le japonais, afin de saisir rapidement les relations lettre-son à travers les mots internationaux.
Évitez la dépendance excessive. Cependant, elle mettait en garde contre l’abus des dictionnaires. Bien qu’inspirants au début, ils peuvent ensuite « vous faire cesser de penser », incitant à la paresse en fournissant des réponses faciles au lieu d’encourager le travail intellectuel. Elle recommandait une approche « intelligente » : si un mot échappe, essayer de se souvenir de bribes vagues puis vérifier dans un dictionnaire inversé (cible-source), ce qui renforce mieux la mémoire.
Manuels sur mesure. Lomb insistait sur l’importance d’utiliser des manuels conçus par des auteurs partageant la langue maternelle de l’apprenant. Ce n’est pas du chauvinisme, mais la reconnaissance que chaque nation rencontre des « difficultés spécifiques » dans l’apprentissage d’une langue étrangère. Les manuels destinés aux locuteurs natifs de la langue cible, ou à d’autres origines linguistiques, exagèrent ou négligent souvent des points évidents ou particulièrement ardus pour un groupe donné.
8. Parlez stratégiquement : compromis et périphrases
Parler une langue étrangère signifie toujours un compromis, disait Kosztolányi.
Le compromis est inévitable. En parlant une langue étrangère, surtout au début, Lomb conseillait d’accepter que la communication implique souvent un compromis. L’objectif est de faire passer son message efficacement, même si ce n’est pas avec le mot ou la structure grammaticale parfaite. Cette approche pragmatique aide à dépasser la peur de l’erreur et encourage la pratique orale continue.
Outils de communication stratégiques :
- Paires de mots : Apprendre les verbes avec leurs objets habituels (ex. « un obstacle est surmonté », « un devoir est accompli ») facilite le rappel et la construction de phrases naturelles.
- Synonymes et antonymes : Si le mot exact manque, utiliser un mot proche ou son contraire (ex. « pas lâche » au lieu de « courageux ») permet de maintenir le fil de la conversation.
- Périphrases : Décrire un concept quand le mot précis est oublié (ex. « la petite fleur humble qui se révèle par son parfum de loin » pour « violette ») est un dernier recours poétique et efficace.
Attention aux faux amis. Lomb soulignait le danger des « faux amis » — mots semblables en apparence ou en son, mais de sens différents (ex. espagnol « burro » pour âne vs italien « burro » pour beurre). Ils peuvent entraîner des malentendus embarrassants voire graves, soulignant la nécessité d’un apprentissage contextuel rigoureux et de ne pas se fier aux seules ressemblances superficielles.
9. L’interprétation : sommet de la maîtrise linguistique et de l’agilité mentale
L’interprétation simultanée est l’une des professions les plus modernes et intellectuellement intéressantes.
Un art exigeant. Lomb considérait l’interprétation, surtout simultanée, comme le plus haut niveau d’accomplissement en langue étrangère. Elle requiert une combinaison extraordinaire de compétences : association d’idées fulgurante, calme imperturbable, système nerveux robuste, et une disponibilité constante à étudier des sujets variés. Les interprètes passent en quelque sorte « 30 à 40 examens par an » sur des thèmes disparates.
Défis uniques. L’interprétation simultanée présente des difficultés propres, absentes des autres tâches linguistiques. L’interprète doit traiter des phrases inachevées, deviner l’intention du locuteur avant que le mot clé ne soit prononcé (ex. le « nicht » en allemand qui arrive à la fin). Cela exige que l’esprit « sorte constamment de la sphère de la langue source » pour tourner dans l’orbite de la langue cible, passant d’une matrice linguistique à l’autre en une fraction de seconde.
Au-delà de la langue. Ce métier demande plus que la maîtrise linguistique ; il exige des connaissances techniques, économiques et scientifiques approfondies dans divers domaines. Les interprètes jouent souvent le rôle d’ambassadeurs culturels, comblant non seulement des écarts linguistiques mais aussi conceptuels et culturels. Les anecdotes de Lomb, du « crabe » traduit en « soupe de roux » à la délicate question du « sexage » des poussins, illustrent la nécessité constante de sensibilité culturelle et de créativité sous pression.
10. Les dix demandes : un guide pratique pour accélérer l’apprentissage
Soyez fermement convaincu que vous êtes un génie linguistique. Si les faits prouvent le contraire, rejetez la faute sur la langue récalcitrante, les dictionnaires ou ce livre, mais pas sur vous-même.
Un engagement quotidien. Les « Dix demandes » de Lomb proposent un cadre concis et concret pour un apprentissage efficace. La première insiste sur l’engagement quotidien, même pour un simple monologue de dix minutes, de préférence le matin. Ce petit effort régulier crée une dynamique et maintient la langue vivante dans l’esprit.
Habitudes d’apprentissage stratégiques :
- Flexibilité : Changez de méthode quand l’enthousiasme faiblit (radio au lieu de lecture, par exemple).
- Apprentissage contextuel : Apprenez toujours mots et grammaire dans leur contexte, jamais isolément.
- Prise de notes active : Écrivez des phrases en marge pour les réutiliser comme « éléments préfabriqués ».
- Exercices mentaux : Faites des traductions rapides et improvisées d’observations quotidiennes pour le plaisir.
- Matériel corrigé uniquement : Mémorisez seulement ce qui a été corrigé pour éviter d’ancrer des erreurs.
- Idiomes à la première personne : Apprenez les expressions idiomatiques à la première personne du singulier pour faciliter le rappel et l’usage naturel.
- Attaque multiforme : « Assiégez » la langue de toutes parts (journaux, radio, films, manuels, locuteurs natifs).
Parlez et croyez en vous. La neuvième demande encourage à parler sans craindre l’erreur, tout en acceptant la correction (sans s’irriter). La dixième, sans doute la plus puissante, est de garder une foi inébranlable en son « génie linguistique », en rejetant la faute sur des facteurs externes si le progrès semble lent. Ce discours positif est crucial pour maintenir motivation et résilience tout au long du parcours.
Résumé des avis
Polyglot de Kató Lomb suscite des avis partagés. Nombreux sont les lecteurs qui le trouvent inspirant et riche en enseignements précieux sur l’apprentissage des langues, saluant l’importance que Lomb accorde à la lecture et à l’auto-apprentissage. Ils apprécient ses anecdotes personnelles ainsi que ses conseils pratiques. Toutefois, certains reprochent au livre sa structure, ses points de vue parfois dépassés et l’absence de fondements scientifiques. Plusieurs critiques soulignent que l’ouvrage ne tient pas pleinement la promesse annoncée par son titre, à savoir un guide complet pour apprendre les langues. Malgré ses défauts, beaucoup le recommandent néanmoins comme une lecture intéressante pour les passionnés de langues et les futurs polyglottes.
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