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Gnosticism

Gnosticism

From Nag Hammadi to the Gospel of Judas
par David Brakke 2015 13 pages
4.18
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Points clés

1. Le Gnosticisme : Une Connaissance Directe de Dieu au Milieu d’un Monde Imparfait

Les anciens gnostiques affirmaient posséder la gnose de Dieu.

Définir la Gnose. Le gnosticisme, phénomène religieux diversifié qui a prospéré dans l’Empire romain, se fonde sur la gnose — une connaissance personnelle, directe et immédiate de Dieu. Il ne s’agit pas d’une simple compréhension intellectuelle, mais d’une expérience profonde et intime des vérités divines, souvent opposée à une connaissance superficielle ou pratique. Le terme « gnostique », issu du grec gnostikos, signifie « relatif à la gnose » ou « fournissant la gnose », soulignant ainsi son objectif central.

Une Existence Imparfaite. Une croyance fondamentale des gnostiques est que l’univers matériel que nous habitons est profondément imparfait, une erreur non voulue par le Dieu suprême et ultime. Cette vision découle d’une prise de conscience aiguë de la souffrance, de la maladie et de la mort qui règnent dans le monde, menant à la conclusion qu’un tel royaume imparfait ne peut être notre véritable demeure spirituelle. Cette imperfection intrinsèque suggère une origine différente et inférieure à la création.

À la Recherche du Vrai Dieu. Par conséquent, les gnostiques soutenaient que le créateur de cet univers imparfait ne pouvait être le Dieu suprême et ultime. Ils croyaient en un Dieu supérieur, entièrement spirituel, serein et immuable, largement inconnu de la plupart des humains. La gnose offrait ainsi un chemin vers ce vrai Dieu, révélant une réalité divine au-delà du monde visible et corruptible, et apportant des réponses au problème du mal et de la souffrance humaine.

2. Le Mythe Gnostique : Un Dieu Inférieur a Créé Notre Univers Imparfait

Les gnostiques affirmaient que le Dieu du livre de la Genèse n’est pas le vrai Dieu, mais un dieu inférieur et dégradé.

Une Cosmologie Complexe. Les mythes gnostiques, souvent élaborés et philosophiques, expliquent l’origine de Dieu, de l’univers et de l’humanité. Ces récits commencent généralement par un « Esprit Invisible » ultime, inconnaissable et parfaitement spirituel, ou une « Vierge Esprit Invisible », d’où émanent une série de pensées ou aspects divins appelés « éons ». Ce royaume divin, nommé la « Plénitude », est une structure complexe et harmonieuse d’êtres spirituels.

L’Erreur de la Sagesse. La rupture de cette harmonie divine est au cœur du récit gnostique de la création. Dans le Livre Secret selon Jean, l’éon le plus bas, la Sagesse (Sophia), désire créer de manière indépendante, sans le consentement de son compagnon ni de l’Esprit Invisible. Son acte solitaire engendre un être divin imparfait et laid nommé Ialdabaoth, qui est alors rejeté de la Plénitude dans la matière informe.

Ialdabaoth, le Créateur Ignorant. Ialdabaoth, ignorant le royaume divin supérieur dont il est issu, se proclame avec arrogance seul Dieu, reprenant ainsi l’affirmation de la Genèse. Il utilise ensuite la matière informe pour créer notre univers, une réplique imparfaite et corruptible du monde spirituel, empreinte de son ignorance et de sa malveillance. Ce dieu inférieur, souvent dépeint comme jaloux et hostile, devient le Dieu de la Genèse, responsable des imperfections de notre monde.

3. L’Étincelle Divine de l’Humanité : Le Salut par la Connaissance de Soi

Une grande partie de la gnose offerte par les gnostiques était la connaissance de notre vrai soi.

Notre Vraie Origine. Les mouvements gnostiques insistaient constamment sur le fait que notre vrai soi — notre intellect ou esprit — provient du monde spirituel du Dieu suprême, et non de l’univers matériel. Nos corps, et même nos âmes, étant des produits du cosmos inférieur, sont considérés comme temporaires et non éternels. Cette croyance fondamentale place l’humanité comme détentrice d’une étincelle divine, un fragment du Dieu supérieur, prisonnier d’une existence imparfaite.

Le Drame du Salut. Le mythe gnostique se déploie comme un drame cosmique où les puissances divines supérieures, notamment la Prévoyance (Barbelo) et la Sagesse, cherchent à récupérer la puissance divine enfermée en l’humanité, que Ialdabaoth a incorporée sans le savoir lors de la création. Ialdabaoth et ses dominations, au contraire, s’efforcent de maintenir les humains dans l’ignorance de leur vraie nature divine, craignant leur supériorité. Cette lutte pour la conscience humaine est au cœur du salut gnostique.

L’Éveil de l’Oubli. Pour les gnostiques, le salut est avant tout un réveil de « l’oubli » ou de « l’amnésie ». L’humanité a oublié ses origines véritables et son essence divine. Jésus, souvent vu comme une incarnation de la Prévoyance ou du Barbelo, ne vient pas mourir pour les péchés, mais pour restaurer cette gnose perdue, appelant les hommes à reconnaître leur vrai soi, à résister aux dominations inférieures et à retourner à la Plénitude. Cet éveil conduit à la vie éternelle pour la « race immobile » ou « semence de Seth ».

4. L’Évangile de Judas : Le Rôle d’un Héros Tragique dans la Réorganisation Cosmique

La plupart des chercheurs voient Judas non pas comme un maléfique, mais comme une figure ambiguë.

Judas, le Disciple Privilégié. L’Évangile de Judas réinterprète radicalement le célèbre traître, le présentant comme le seul disciple possédant la véritable gnose de Dieu et de Jésus. Alors que les autres disciples adorent à tort Saklas (le Dieu de l’Ancien Testament), seul Judas reconnaît l’origine de Jésus dans l’éon immortel du Barbelo et dans l’Esprit Invisible ultime et innommable. Cela élève Judas à une position unique, bien que souffrante, parmi les disciples de Jésus.

Une Trahison Nécessaire. Dans ce récit gnostique, l’acte de Judas de livrer Jésus à la crucifixion n’est pas une trahison, mais une action ordonnée par la divinité, essentielle à la réorganisation cosmique. Jésus révèle à Judas qu’il sacrifiera le corps humain qu’il habite, et non le Sauveur divin lui-même. Cet acte déclenche une série d’événements menant à la chute de l’ordre mondial actuel, gouverné par Ialdabaoth/Saklas.

Une Promotion Cosmique. Jésus s’adresse à Judas comme à « toi, treizième daimôn », suggérant une promotion d’humain à souverain divin. Judas est destiné à remplacer les actuels dirigeants cosmiques malveillants, prenant une position exaltée dans le plus haut ciel de notre monde. Cette réinterprétation fait de Judas un héros tragique, souffrant pour un acte nécessaire qui facilite la libération des êtres spirituels et l’instauration d’un nouveau régime cosmique, où les sauvés entrent dans le royaume spirituel.

5. Les Récits Bibliques Gnostiques : Réinterpréter la Genèse pour des Vérités Plus Profondes

Les gnostiques croyaient que la Bible, surtout la Genèse, leur fournissait des informations sur l’origine du cosmos, de l’humanité et sur l’histoire du salut.

Corriger Moïse. Les gnostiques s’engagèrent profondément avec la Bible juive, en particulier les premiers chapitres de la Genèse, mais estimaient que Moïse avait commis des erreurs cruciales en identifiant Ialdabaoth comme le vrai Dieu. Des textes comme le Livre Secret selon Jean, la Révélation d’Adam et la Réalité des Dominations racontent ces histoires en les « corrigeant » pour les aligner sur la cosmologie gnostique et la nature du vrai Dieu.

La Création de l’Humanité. Les récits gnostiques développent souvent la création de l’humanité en deux étapes selon la Genèse. Ils insistent sur le fait qu’Ialdabaoth et ses dominations ont créé un être humain spirituel, dans lequel Ialdabaoth insuffla sans le savoir une part de la puissance divine de la Plénitude. Pour dissimuler cette puissance, ils placèrent ensuite cet humain spirituel dans un corps matériel. La Sagesse, souvent sous la forme de l’Après-Pensée, se cache dans l’humanité pour guider sa pensée vers le royaume supérieur.

Jardin d’Éden et Déluge Revisit és. Dans le Jardin d’Éden, le serpent (souvent identifié à la Sagesse/Après-Pensée) encourage Adam et Ève à manger de l’arbre de la gnose, les aidant à reconnaître l’infériorité d’Ialdabaoth. Le déluge, loin d’être une juste punition divine, est une tentative malveillante d’Ialdabaoth pour détruire l’humanité qui ne l’adore pas. Noé, dans certains textes gnostiques, n’est pas un héros juste, mais un adorateur d’Ialdabaoth, tandis que la « race immobile » (les gnostiques) est sauvée par une intervention divine supérieure.

6. Les Rituels Gnostiques : Baptême et Ascension Mystique vers le Divin

Les gnostiques célébraient le baptême dans le cadre d’un culte plus large, comme le montre le Livre Saint du Grand Esprit Invisible, une sorte de liturgie gnostique culminant dans le baptême.

Le Baptême comme Éveil. Bien que les textes gnostiques ne fournissent pas une description rituelle unique et claire, les indices montrent que le baptême occupait une place centrale dans leur culte, symbolisant un éveil à la gnose et un retour au divin. Des textes comme La Première Pensée en Trois Formes décrivent le baptême comme un lavage dans « l’eau de Vie », suivi d’actions mystérieuses telles que l’intronisation, la glorification et l’enlèvement par des êtres divins, culminant dans l’expérience du « lieu lumineux » (la Plénitude).

Les Cinq Sceaux. Le baptême gnostique impliquait souvent « cinq sceaux », désignant peut-être des étapes ou actions distinctes du rituel, telles que l’enrobage, le lavage, l’intronisation, la glorification et l’enlèvement. Ce rituel était censé conférer la gnose et l’immortalité, garantissant que le baptisé ne « goûterait pas la mort ». Le Livre Saint du Grand Esprit Invisible présente même une liturgie gnostique qui conduit à ce baptême transformateur.

Voyages Mystiques et Contemplation. Au-delà du baptême, la spiritualité gnostique comprenait la contemplation mystique et les voyages célestes, comme dans Zostrianos et L’Étranger. Ces récits décrivent des héros abandonnant leur corps physique pour s’élever à travers les sphères cosmiques, guidés par des anges, subissant des baptêmes répétés et acquérant des connaissances de plus en plus ésotériques. Cette ascension, mêlant traditions apocalyptiques juives et philosophie platonicienne, visait une contemplation directe, parfois « téméraire », du divin, culminant dans la gnose de l’éon Barbelo et un retour au corps physique pour prêcher.

7. Le Féminin dans le Mythe Gnostique : Ambiguïté dans les Rôles Divins et Humains

La vision gnostique de Dieu intègre des éléments féminins, sans pour autant renverser la supériorité du masculin.

Divinité Androgyne. Les textes gnostiques dépeignent fréquemment Dieu et d’autres êtres divins avec des attributs masculins et féminins, comme le Barbelo décrit comme « mère-père » et « androgyne ». Cependant, cela reflète souvent une conception ancienne où le féminin est un aspect dérivé du masculin, plutôt qu’un égal. Le Barbelo, bien que « matrice universelle », est aussi « triple-mâle », suggérant une essence masculine englobant des traits féminins.

La Créativité Imparfaite de la Sagesse. L’éon Sagesse (Sophia) est une figure féminine majeure, mère d’Ialdabaoth. Si elle joue un rôle crucial pour éclairer l’humanité et guider vers la gnose, son acte initial de création indépendante, sans le consentement de son compagnon masculin, est présenté comme une erreur qui perturbe l’harmonie divine et engendre le dieu créateur imparfait. Cela souligne une tension où l’initiative féminine, lorsqu’elle n’est pas alignée avec le principe masculin, peut entraîner des conséquences négatives.

Héroïnes Féminines et Violence Sexuelle. Des textes comme Le Tonnerre : Intellect Parfait mettent en scène une révélatrice divine féminine parlant en paradoxes, incarnant peut-être Ève comme symbole de la Sagesse divine. La Réalité des Dominations introduit Norea, sœur de Seth, comme une aide spirituelle féminine défiant les figures masculines et les dominations maléfiques. Toutefois, ces récits présentent aussi fréquemment les femmes et le féminin comme victimes de violences sexuelles perpétrées par les dominations inférieures, reflétant une vision gnostique généralement négative du désir sexuel, perçu comme produit du monde matériel imparfait et moyen par lequel l’esprit contrefait égare les humains.

8. L’Évangile de Thomas : La Connaissance de Soi comme Chemin vers le Royaume Présent

Le royaume est en vous, et il est aussi hors de vous.

Jésus comme Sagesse. L’Évangile selon Thomas, recueil de plus de cent paroles attribuées à Jésus, présente ce dernier non comme un personnage narratif, mais comme la Sagesse éternelle et vivante, semblable à la Sagesse des Proverbes. Il est la présence divine en toute création, la lumière intérieure des êtres humains, et la source du salut par la connaissance de soi. Cet évangile insiste sur le fait que comprendre les paroles de Jésus conduit à la connaissance de son vrai soi divin.

La Gnose du Soi. Pour Thomas, le salut passe par la gnose de son vrai soi, intrinsèquement divin et fragment de lumière du monde spirituel. L’évangile rejette l’idée d’un royaume futur et extérieur de Dieu, affirmant au contraire que « le royaume est en vous, et il est aussi hors de vous ». Il s’agit d’une expérience immédiate et présente, atteinte lorsque l’on s’éveille à sa vraie nature, surmontant « l’oubli » de l’existence matérielle.

Unifier le Soi Divisé. L’évangile encourage à devenir un « un » ou « solitaire », dépassant les divisions et la multiplicité de la vie dans ce monde. Cela inclut l’unification des opposés, comme « faire du mâle et de la femelle un seul », afin que « le mâle ne soit plus mâle, ni la femelle femelle ». Ce processus d’intégration, symbolisé par le nom Didyme Judas Thomas (« le jumeau »), signifie l’unité essentielle entre l’âme individuelle et Jésus, tous deux lumière divine. Thomas rejette les pratiques religieuses traditionnelles telles que le jeûne et la prière, prônant un mode de vie de « passant » centré sur la culture intérieure et le détachement des préoccupations mondaines.

9. Le Valentinianisme : Une Voie Gnostique Christianisée vers la Perfection Spirituelle

Valentin invita les hommes à trouver en Jésus la véritable gnose du Père et d’eux-mêmes, et à faire l’expérience de Dieu directement, immédiatement, et surtout joyeusement.

Réviser le Mythe Gnostique. Valentin, théologien chrétien brillant, adapta le mythe gnostique pour le rendre plus explicitement chrétien et moins anti-juif. Il conçut Dieu comme une « Plénitude » complexe d’éons, utilisant des noms bibliques tels que Vérité, Vie, Parole et Église. Dans son mythe, la Sagesse (la Mère) quitte la Plénitude, engendrant le Christ (qui retourne à la Plénitude) puis l’Artisan (le Dieu de la Genèse), un créateur inférieur mais non malveillant.

La Parole Intérieure. Valentin insista sur le fait que la Parole de Dieu (Logos), aussi Fils de Dieu et Nom de Dieu, est le potentiel divin implanté en l’humanité par le Dieu supérieur, permettant de se connaître soi-même et Dieu. Cette Parole, incarnée en Jésus, révèle le Père et purifie les cœurs, permettant aux individus de « voir Dieu ». Le salut, pour les valentiniens, est l’activation de cette immortalité inhérente, triomphant de la corruption du monde matériel et « abolissant le monde ».

Trois Types d’Hommes. La théologie valentinienne classe l’humanité en trois catégories selon l’élément dominant en elle : spirituels (valentiniens, destinés à la Plénitude), matériels (non-chrétiens, destinés à périr) et animés (chrétiens non-valentiniens, libres de choisir un salut limité ou la condamnation). Si Irénée affirmait qu’il s’agissait d’espèces fixes, la plupart des chercheurs pensent que les valentiniens croyaient que chacun pouvait cultiver son élément spirituel par ses choix, rituels et gnose, menant à la réunion du soi humain « féminin » avec son soi angélique « masculin » dans la « chambre nuptiale » ultime de la Plénitude.

10. L’Invention de l’Hérésie : Réponses Orthodoxes à la Gnose Gnostique

Les historiens attribuent généralement à Justin Martyr la première élaboration complète du concept d’hérésie.

Définir l’Orthodoxie. À mesure que divers groupes chrétiens émergeaient, des leaders comme Justin Martyr (milieu du IIe siècle) et Irénée de Lyon (fin du IIe siècle) cherchèrent à établir un christianisme « orthodoxe » unifié en condamnant les enseignements rivaux comme des « hérésies ». Justin soutenait que la vérité venait uniquement de la Parole de Dieu au sein de la seule vraie Église, et non des « écoles de pensée » telles que celles de Marcion ou Valentin, qu’il attribuait à une inspiration démoniaque.

Le Contre-Récit d’Irénée. Irénée développa une théorie complète de l’hérésie, retraçant toutes les lignées hérétiques jusqu’à Simon le Magicien, personnage des Actes qu’il considérait comme le premier enseignant d’une fausse gnose. À l’inverse, il établit le concept de succession apostolique pour les évêques orthodoxes, affirmant que leur autorité provenait directement des apôtres originels et de Jésus. Il rejeta l’idée d’enseignements secrets, insistant pour que toutes les doctrines apostoliques véritables soient publiques et conformes à la « règle de la foi », résumé des croyances chrétiennes fondamentales.

Une Bible Unifiée et une Théologie Incarnationnelle. Pour combattre les réinterprétations gnostiques et le rejet de l’Ancien Testament par Marcion, Irénée promut un canon chrétien unifié comprenant Ancien et Nouveau Testament, avec les quatre Évangiles comme récits autorisés de Jésus. Il mit l’accent sur une théologie de l’incarnation, où le Fils de Dieu devient un véritable être humain pour sanctifier toutes les étapes de la vie humaine et « récapituler » les actes d’Adam, annulant le péché et apportant la sainteté. Contrairement aux gnostiques, Irénée croyait en la résurrection du corps physique et en un royaume terrestre transformé de Dieu.

11. La Gnose au-delà du Christianisme : Néo-platonisme et Hermétisme

La quête de la gnose d’un Dieu lointain et parfait devint populaire parmi les personnes cultivées et spirituellement inclinées dans l’Empire romain.

Hermétisme : La Gnose Égyptienne. L’hermétisme, corpus littéraire attribué à Hermès Trismégiste (fusion du grec Hermès et de l’égyptien Thot), offrait une voie non chrétienne vers la gnose. Les hermétistes croyaient que le vrai soi est une âme ou un intellect divin, prisonnier d’un corps matériel qui entrave la connaissance de Dieu. Le salut passe par l’étude philosophique et une expérience de « renaissance » — une vision ou un contact avec Dieu — menant à la divinisation et à l’immortalité, sans les mythes élaborés ni l’orientation juive du gnosticisme.

Le Récit de la Création dans Poimandres. Le texte hermétique Poimandres décrit un mythe de création où le Dieu ultime engendre un second intellect (démurge) pour créer le monde matériel. L’humanité, engendrée par le Dieu ultime, lui est égale mais s’enchevêtre avec le monde matériel, devenant à la fois immortelle et mortelle. Le salut consiste à reconnaître son intellect divin, à s’élever à travers les sphères célestes après la mort, et finalement à « devenir Dieu » par la gnose.

Néo-platonisme : Le Continuum de l’Être selon Plotin. Plotin (IIIe siècle), fondateur du néo-platonisme, chercha aussi la gnose du Dieu ultime, « L’Un », mais insista sur la connexion essentielle de l’homme à Dieu plutôt que sur son aliénation. La réalité émane de L’Un par l’Intellect et l’Âme, formant un continuum où tout existe en L’Un et y est contenu. Plotin croyait que la couche la plus profonde de notre être demeure en L’Un, et qu’à travers la discipline philosophique et la contemplation, on peut atteindre des expériences fugaces d’union avec L’Un, voyant le mal comme un simple « déficit de bonté ». Son successeur Iamblichus, cependant, considérait l’âme comme totalement déchue et promouvait la théurgie (rituels avec éléments matériels) pour la purifier et la rediviniser.

12. Le Manichéisme : Une Religion Dualiste Mondiale et l’Héritage Durable d’Augustin

Les historiens ont souvent présenté le manichéisme comme l’aboutissement du gnosticisme ancien.

La Révélation de Mani et sa Mission Universelle. Le manichéisme, fondé par Mani (216–274) à Babylone, émergea d’une secte chrétienne (les Elcasaïtes) et devint une religion internationale très organisée. Mani, se proclamant le Paraclet promis par Jésus et le « sceau de toute prophétie », chercha à unir les religions précédentes (Jésus, Bouddha, Zoroastre) en un seul « Évangile de la Vérité ». Ses enseignements portaient sur une guerre cosmique perpétuelle entre deux principes éternels et indépendants : le Bien (Lumière) et le Mal (Ténèbres).

La Guerre Intérieure et Extérieure. Le mythe manichéen explique le mal et la souffrance comme le résultat de fragments de Lumière emprisonnés dans les Ténèbres de cet univers. Les êtres humains sont un mélange : des âmes de Lumière aspirant au Bien, tandis que les corps de Ténèbres les attirent vers le mal. Mani organisa son Église en « Élus » (moines purs et célibataires) et « Auditeurs » (laïcs mariés moins rigoureux). Les Élus, soutenus par les Auditeurs, libéraient la lumière par leur vie pure et leurs processus digestifs (mangeant des plantes rituellement purifiées), la renvoyant au Royaume de la Lumière, un phénomène visible dans les phases de la lune.

Le Passé Manichéen d’Augustin et la Théologie Chrétienne. Saint Augustin, figure clé du christianisme occidental, fut pendant des années un Auditeur manichéen avant de se convertir. Son développement théologique ultérieur, notamment ses doctrines du péché originel et de la prédestination, fut profondément influencé par son opposition au manichéisme. Il rejeta l’idée d’un Mal éternel, arguant que le mal n’est qu’un « manque de bien » (inspiré par Plotin) et que le péché humain provient d’une volonté divisée se détournant de Dieu. Sa conception du péché originel, transmise par la concupiscence dans la reproduction sexuelle, et sa croyance en la prédestination divine au salut, bien que controversées, devinrent fondamentales dans la pensée chrétienne occidentale, témoignant de l’influence durable, quoique indirecte, du manichéisme.

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